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Adoption du rapport " L’éloignement durable du marché du travail"

Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi a choisi, avant l’été, de consacrer ses travaux au retour à l’emploi des personnes durablement éloignées du marché du travail. Alors même qu’elle constitue un enjeu social et économique majeur, cette problématique est en effet rarement abordée dans sa globalité.

« Pour prévenir et combattre l’éloignement du marché du travail, tout le monde peut mieux faire : les entreprises, les pouvoirs publics nationaux et locaux, les services sociaux, les associations » estime Marie-Claire Carrère-Gee, la présidente du Conseil.

Le rapport traite des situations effectives d’éloignement de l’emploi, volontaires ou non. Il met en évidence que le fait d’être éloigné du marché du travail réduit progressivement les chances de retour à l’emploi. Et cela par un ensemble de mécanismes tels que la perte de compétences, de confiance en soi, de capacité à se repérer sur un marché du travail en évolution rapide, l’apparition ou l’aggravation de difficultés matérielles et en matière de santé, mais aussi par d’éventuels comportements de discrimination.

Plus de deux millions de personnes concernées

L’éloignement durable du marché du travail concerne environ deux millions de personnes, soit près de 5 % de la population en âge de travailler. Les personnes concernées ont des profils très variés.

Ce sont tout d’abord des personnes qui ont connu une interruption de carrière due au chômage et qui restent durablement dans cette situation. La part des chômeurs de longue durée s’est considérablement accrue ces dernières années avec la crise. Parmi eux, les seniors sont les plus exposés. Le chômage de longue durée touche aussi particulièrement les personnes moins diplômées et les licenciés économiques.

Ce sont également des groupes de personnes confrontées à des problématiques spécifiques :
-  des personnes qui ne sont jamais entrées sur le marché du travail, en particulier des jeunes qui ne sont durablement ni en emploi, ni en formation ;
-  des femmes et des hommes qui ont interrompu leur activité pour s’occuper de leurs enfants et qui voudraient retravailler ;
-  des personnes en situation de handicap ou ayant connu des problèmes de santé.

Au-delà des situations particulières, l’éloignement durable du marché du travail place les personnes qui en souffrent face à des réalités et un certain nombre de difficultés communes.

« L’éloignement crée de l’éloignement : il réduit les chances de retrouver un emploi et il pèse ensuite durablement sur les trajectoires professionnelles », souligne Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE. « Il entraîne de multiples conséquences négatives qui se renforcent, qu’il s’agisse des compétences professionnelles, de difficultés matérielles freinant le retour à l’emploi. L’éloignement est profondément dépressif et il fragilise les personnes, sans même parler des discriminations à l’égard des chômeurs de longue durée. »

Une part significative des personnes éloignées du marché du travail n’est pas inscrite à Pôle emploi et ne bénéficie pas d’un accompagnement professionnel. Et cela alors même que, compte tenu des conséquences si négatives de l’éloignement, tout doit être fait pour favoriser un retour rapide vers l’emploi.

Alors que le Gouvernement et les partenaires sociaux ont annoncé, dans le cadre de la Conférence sociale, leur volonté d‘agir pour les personnes éloignées de l’emploi, le Conseil d’Orientation pour l’Emploi a identifié, à leur intention, des leviers d’action pour mieux prévenir et combattre l’éloignement et faisant intervenir l’ensemble des acteurs qui en sont chargés : l’Etat, les partenaires sociaux, les collectivités locales, les associations et, bien sûr, les entreprises.

Des leviers d’action

Réduire les risques d’éloignement du marché du travail

Il convient de mieux anticiper le retour sur le marché du travail notamment pour les personnes dont le retrait du marché du travail est temporaire (les femmes qui s’arrêtent de travailler pour élever leurs enfants, les personnes malades, les détenus), d’accélérer la recherche d’emploi et d’éviter que les demandeurs d’emploi restent longtemps sans contact avec le monde du travail.

Les actions de recherche d’emploi ne doivent pas être subordonnées par principe à la résolution des freins dits « périphériques ». L’accompagnement social et l’accompagnement professionnel doivent être mieux articulés afin de ne pas perdre de temps dans le processus de retour à l’emploi et parce qu’ils sont interdépendants. Cela suppose de renforcer la coordination des acteurs et de mieux définir le rôle de chacun.

Ramener vers l’emploi les personnes qui en sont durablement éloignées

Le retour à l’emploi ne passe pas toujours par de la formation, qui ne saurait être une « parenthèse » dans la recherche d’emploi mais doit être orientée vers des métiers qui recrutent et s’inscrire dans un parcours d’accompagnement réfléchi. Le Conseil préconise également de mieux valoriser les compétences extra-professionnelles.

Le développement de l’alternance pour les adultes pourrait être bénéfique, non seulement pour les personnes désireuses d’acquérir une qualification ou une certification et suivre une action de formation, mais aussi pour de nombreuses entreprises et pour des secteurs qui peinent à recruter. Il convient également de réexaminer les conditions dans lesquelles les diplômes ou qualifications, à juste titre exigés pour l’exercice de certaines professions, peuvent être obtenus. Le Conseil préconise aussi d’aller au-delà des seules logiques d’immersion, pour certaines personnes très éloignées de l’emploi. Et cela en favorisant l’acquisition, en entreprise, d’une formation et d’une expérience professionnelle.

Les entreprises devraient enfin être davantage incitées à combattre les a priori, voire les discriminations, afin que les personnes durablement éloignées du marché du travail ne soient pas écartées des processus de recrutement.

Télécharger le rapport