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AEF - Echos de la conférence internationale COE/IZA/Chaire de sécurisation des parcours professionnels

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"Comment renforcer l’intérêt des entreprises à recourir à l’apprentissage ?" 

 Par Jérôme Lepeytre

 Est-ce que le recours à l’apprentissage est un investissement rentable pour les entreprises ? D’après les conclusions d’une étude présentée lors d’une conférence organisée par le COE, la chaire de sécurisation des parcours professionnels et l’institut de recherche IZA, lundi 21 septembre 2015, la réponse est affirmative : le ratio coûts/bénéfices de l’apprentissage tend à évoluer au cours du contrat, rendant rentable l’investissement originel. Les chercheurs réunis à cette occasion, insistent sur la nécessité de poursuivre les travaux sur l’apprentissage pour mieux cerner les déterminants du développement de ce type de formation.

"L’apprentissage est généralement un investissement rentable pour les entreprises et pour les travailleurs", explique Robert Lerman, professeur d’économie à l’université de Washington, venu présenter ses travaux, à l’occasion d’un colloque sur l’emploi des jeunes coorganisé par le COE, la chaire de sécurisation des parcours professionnels et l’institut international de recherche IZA, lundi 21 septembre 2015.

En effet, d’après l’universitaire américain, plusieurs éléments démontrent que le recours à l’apprentissage est rentable pour les entreprises : une contribution des apprentis à la production suffisamment importante pour compenser les coûts de la formation ; la possibilité d’embaucher des anciens apprentis bien formés aux besoins de l’entreprise permet à celle-ci de rentabiliser d’autant mieux l’investissement originel ; ou encore, "les entreprises ayant recours à l’apprentissage apprennent en même temps que les personnes formées".

"En début du cycle d’apprentissage, c’est un investissement pour les entreprises, car le salaire est proportionnellement plus élevé que le niveau de production, observe Robert Lerman. Ensuite, l’apprenti augmente sa productivité" et l’investissement du début devient rentable et d’autant plus si l’entreprise embauche son ancien apprenti.

MANQUE DE TRAVAUX SUR L’INTÉRÊT DE L’APPRENTISSAGE

A contrario, dans son étude "Do firms benefit from apprenticeship investments ?", l’universitaire met en exergue quelques freins au développement de l’apprentissage dans les entreprises. "Les entreprises perçoivent de faibles rendements, à cause notamment de la peur de voir embaucher par d’autres les apprentis qu’elles auront formées", observe l’économiste. Au-delà, il regrette l’absence de suffisamment de travaux sur le sujet, expliquant que cela participe de la difficulté pour les entreprises d’évaluer les bénéfices du recours à l’apprentissage ; point de vue partagé par Stéphane Carcillo de l’OCDE et de l’IZA. "En offrant aux entreprises des informations sur les retombées économiques, en les aidant à mettre en place l’apprentissage, et par le financement […], les décideurs politiques peuvent promouvoir l’expansion de la formation professionnelle efficace et une augmentation des gains des travailleurs, le tout avec des dépenses publiques modestes, conclu Robert Lerman.

"Qu’est-ce qui fait que l’apprentissage est rentable ou ne l’est pas ? Quels sont les déterminants ? Aujourd’hui, on sait que l’apprentissage fonctionne en Allemagne ou en Autriche, nous en connaissons les caractéristiques, mais est-ce suffisant" pour trouver le moyen de développer ailleurs cette forme de formation en alternance, interroge le représentant de l’OCDE, Stéphane Carcillo. "Qu’est-ce qui est déterminant ? L’association des entreprises aux programmes de formation ? La durée ? Un salaire minimum élevé rend-il l’apprentissage plus attractif ?" Autant de questions posées par l’économiste aux acteurs de l’alternance et aux pouvoirs publics. Au-delà, "si on veut étendre l’apprentissage à plus d’entreprises, y trouveraient-elles leur compte ?", pointant notamment le fait qu’en élargissant l’accès au dispositif, on l’ouvrirait à des populations de jeunes potentiellement plus difficilement insérables sur le marché de l’emploi.

LIER LES PROGRAMMES AUX BESOINS DES ENTREPRISES

D’une manière générale, "les diplômés du système ’dual’ s’en sortent mieux que les autres", car ils bénéficient d’ "un avantage en début de carrière" avec une formation mieux "adaptée aux besoins des entreprises", observe l’universitaire de l’IZA, Werner Eichhorst, insistant sur la nécessité de mobiliser un large panel d’acteurs et tout particulièrement d’entreprises pour développer l’apprentissage. Soulignant que l’apprentissage n’est pas l’unique voie pour travailler sur l’emploi des jeunes - des réformes structurelles étant aussi nécessaires pour faciliter l’entrée sur le marché du travail-, l’universitaire allemand souligne la nécessité de "mettre à jour les programmes de formation" régulièrement, sinon les entreprises s’éloignent du dispositif, le considérant comme pas suffisamment adapté à leurs besoins.

"Il faut trouver un équilibre entre les besoins des employeurs et les compétences portables permettant des reconversions tout au long de la vie", explique pour sa part, Marc Ferracci, économiste au Centre de recherche en économie et statistique. Aussi, cet équilibre en France pourrait "passer par un rapprochement" des deux dispositifs en alternance que sont le contrat d’apprentissage -long, diplômant et exigeant en matière de formation et "pas toujours en phase avec les besoins"- et le contrat de professionnalisation, "moins exigeant" mais plus adapté aux besoins des entreprises en préparant à l’acquisition de CQP. Outre la nécessité de mettre en œuvre une réelle politique de contrôle de la qualité, Marc Ferracci insiste, comme il l’avait fait avec Pierre Cahuc dans une note du CAE, sur la nécessité de "réallouer les ressources de l’apprentissage sur les plus bas niveaux de qualification, car c’est à ces niveaux-là que les rendements sont les plus importants".

"CIBLER ET INDIVIDUALISER" LES POLITIQUES

Saluant les travaux du COE et des recherches universitaires à même d’"irriguer" et d’"éclairer les débats", Pierre-André Imbert, directeur du cabinet de la ministre Myriam El Khomri, insiste sur la nécessité de travailler sur la question de l’emploi des jeunes, pour éviter de voir amoindrie "la cohésion sociale" du pays. "Nous avons le souci de cibler et d’individualiser l’accompagnement des jeunes", résume-t-il. En "tenant bon" par exemple sur le ciblage des emplois d’avenir en direction des "infra-bac", le gouvernement a "neutralisé le taux de chômage" des jeunes.

Pour ce qui est de l’apprentissage, "au final, nous avons mis plus d’argent qu’il y en avait auparavant", affirme Pierre-André Imbert, ajoutant que si le problème du développement de l’apprentissage "n’était qu’une question financière, il serait réglé depuis longtemps". "Le constat aujourd’hui est que l’apprentissage a baissé et surtout pour les premiers niveaux de qualification", ajoute-t-il, expliquant que la priorité est désormais de "travailler sur les freins non financiers" de l’apprentissage.