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Colloque du 22 juin 2010 "L’emploi par-delà la crise" - synthèse des débats

Conseil d’Orientation pour l’Emploi

Colloque « L’emploi par-delà la crise »

Mardi 22 juin 2010

Synthèse des débats

 

Vous pouvez aussi consulter les présentations des intervenants.

 


Ouverture du colloque


Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE)
Marie-Claire Carrère-Gée 

Mesdames, messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue, à la Maison de la Chimie, pour notre colloque annuel consacré à « l’emploi par delà la crise ». Il est organisé en partenariat avec le journal Les Echos, iTélé et France Culture, que je remercie vivement de nous accompagner.

Ce colloque traduit, bien sûr, le souhait du Conseil de mieux faire connaître ses travaux, et cela, dans une seule perspective : contribuer à la mise en œuvre de nos propositions, - tout simplement parce que nous les croyons utiles pour l’emploi.

Il traduit aussi notre souci de ne pas seulement travailler « en vase clos », entre acteurs et experts du marché du travail. L’ambition commune des membres du Conseil est de parvenir à des propositions constructives, innovantes et partagées, par delà les divergences de point de vue. La condition pour cela, c’est de travailler ensemble, avec de l’écoute et en confiance. C’est aussi de ne pas rester entre soi. D’où les très nombreuses auditions de spécialistes et d’acteurs de terrain qui alimentent nos travaux. Les consultations sur Internet. Les sondages, aussi, lorsqu’ils sont susceptibles de compléter notre analyse par une meilleure connaissance du ressenti des salariés. Et, bien sûr, nos colloques annuels.
Avant d’évoquer le thème de notre réunion d’aujourd’hui, un mot sur le Conseil d’orientation pour l’emploi.
Nous sommes des gens jeunes. Le Conseil a cinq ans cette année. Installé à l’automne 2005, il a produit son premier rapport consacré aux aides publiques à l’emploi au début de l’année 2006, sous la présidence de Raymond Soubie.
Depuis, le Conseil a édité pas moins de 12 rapports, qui seront bientôt 14 avec ceux que nous allons publier prochainement sur la revitalisation des territoires et, à la rentrée, sur la lutte contre l’illettrisme. A chaque fois sur des sujets fondamentaux, au cœur des enjeux du marché du travail : la formation et l’orientation professionnelles, la sécurisation des parcours professionnels, les « emplois verts » mais aussi les aides publiques, les allègements de charges, la fixation du salaire minimum, les effets du revenu de solidarité active sur l’emploi.
L’important n’est pas le nombre de rapports. Ce n’est pas, non plus, le fait que nous ne cherchons pas à encombrer les bibliothèques – et que nous allons, dans nos rapports, droit à l’essentiel, c’est-à-dire directement aux propositions. L’important, c’est notre valeur ajoutée, l’expertise, l’indépendance et le dialogue social. C’est le profond attachement des membres du Conseil à l’institution. C’est, aussi et surtout, le nombre et l’importance des propositions du Conseil qui ont été efficacement mises en œuvre, que ce soit par l’Etat ou par les partenaires sociaux.
A cet égard, je suis particulièrement fière du sort qui a été réservé à la plupart de nos propositions anti-crise sur l’emploi, ou à celles sur l’orientation scolaire et professionnelle des jeunes, sur le RSA ou encore sur « croissance verte et emploi ». D’autres propositions n’ont pas été, ou n’ont pas encore, été mises en oeuvre. Notre travail, collectivement, est de continuer à les défendre : je pense notamment à certaines propositions que nous avions faites pour l’emploi des jeunes en temps de crise : conditionner les aides accordées, dans le cadre du plan de relance, aux efforts de ces entreprises qui accueillent des jeunes en emploi ou en apprentissage ; ou bien greffer des formations en alternance sur des contrats aidés, pour dépasser le caractère strictement « traitement social » du chômage d’un trop grand nombre de contrats aidés et en faire un véritable marche pied vers un emploi durable et de qualité.
Depuis cinq ans, le Conseil d’orientation pour l’emploi a trouvé ses marques. Pour la suite, malheureusement, les sujets ne manquent pas. Il y a, bien sûr, la lutte contre les effets de la crise sur le marché du travail, des effets persistants et qui menacent d’être durables. Avec, notamment, la lutte contre le chômage de longue durée et l’augmentation des taux d’emploi des jeunes et des plus de 55 ans. Au delà, il y a toutes les améliorations à apporter à notre marché du travail, qui ne fonctionne pas de manière satisfaisante : des personnes sont exclues du marché du travail ou précarisées ; l’accompagnement des demandeurs d’emploi n’est pas encore ce qu’il devrait être ; des personnes se sentent désemparées, isolées, sans ressources face à leur projet professionnel ; des moteurs de l’embauche sont trop souvent enrayés ; des salariés voient leur vie ballottée par des forces plus grandes qu’elles et ne parviennent pas à devenir pleinement acteurs de leur vie professionnelle ; trop peu aussi, même si les choses s’améliorent, osent créer une activité, une entreprise.
Se donner les moyens d’atteindre un plein emploi de qualité : tel pourrait être notre devise, telle est notre ambition commune. Comme nous le verrons cet après-midi à travers le sondage que l’institut TNS Sofres a réalisé pour nous, beaucoup de Français sont très pessimistes face à cet objectif, et ne croient pas que nous puissions l’atteindre. Evidemment, les solutions ne sont pas simples ; bien sûr, les trente dernières années nous invitent à beaucoup de modestie. Mais elles nous engagent et doivent nous amener à un surcroît d’initiative et d’exigence. Il faut continuer à étudier le plus de pistes possibles, à observer ce qui se fait, ce qui est expérimenté y compris à l’étranger, à confronter les arguments, à définir des orientations claires. Plus que jamais, l’emploi – qui est l’obsession des Français - doit être la grande obsession des pouvoirs publics.
Venons en, très brièvement, au thème qui nous réunit aujourd’hui : « l’emploi par delà la crise »
Par delà la crise, direz-vous : serions nous sortis de la crise ? Nous ne le pensons pas du tout. C’est la raison pour laquelle, à deux reprises déjà, le Conseil a formulé des propositions anti-crise pour l’emploi et il continuera à le faire. Mais, c’est aussi dès maintenant que se jouent les enjeux d’après crise. Ce serait une erreur de ne pas les aborder dès aujourd’hui, en même temps qu’une analyse rétrospective des effets de la crise sur le marché du travail.
Ensemble, nous essaierons de tirer des leçons de la manière dont notre marché du travail a réagi à la crise. Qu’est ce qui a résisté, qu’est-ce qui n’a pas résisté ? Dans quels domaines avons-nous été efficaces, pourquoi avons-nous échoué dans d’autres ? Et cela pour en tirer quelques enseignements sur les forces et les faiblesses structurelles de notre marché du travail et de nos politiques publiques.
Puis, nous réfléchirons aux grands enjeux à venir de la politique de l’emploi.
Enfin, l’enjeu de ce colloque, est d’anticiper, de tracer des perspectives pour évaluer quelles évolutions économiques, quels secteurs, quels métiers, quelles compétences vont se développer et doivent, dès à présent, mobiliser investissements et formation.
Avant de leur passer la parole, je remercie l’ensemble des intervenants qui ont bien voulu partager avec nous leur expertise et leur expérience. Je remercie aussi Jean-Marc Chardon, de France Culture ; Leïla de Comarmond, du journal Les Echos, et Jean-Jérôme Bertolus, d’iTélé, qui ont accepté d’animer et d’orienter nos débats. Merci aux partenaires sociaux, qui sont chez eux au Conseil et qui vont participer largement à nos échanges.
Alors, bon travail et bonne journée à tous ! Je cède sans plus attendre la parole à Jean-Marc Chardon pour la première table ronde.

 

Première table-ronde

Une analyse rétrospective du marché du travail à travers la crise

Table ronde animée par Jean-Marc Chardon, journaliste au service économique et social de France Culture

Participants :
Benoît Coeuré, directeur général adjoint du Trésor
John Martin, directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales à l’OCDE
Alain Minc, essayiste
Olivier Garnier, chef économiste du Groupe Société Générale

Première table-ronde 

 

Jean-Marc Chardon

Pour ouvrir ce colloque, nous partirons d’une approche internationale du marché du travail. Nous la ferons avec John Martin, de l’OCDE. Nous verrons comment chaque pays a réagi et comment l’Europe elle-même, a « encaissé le coup ». Un comparatif est nécessaire et nous plancherons sur la situation qui en a résulté pour la France avec Benoît Coeuré, directeur général adjoint du Trésor. Enfin nous irons au-delà de ce diagnostic : cette crise qui n’en finit pas de miner le terrain social est-elle la plus corrosive des crises que nous avons connues, est-elle plus redoutable encore pour les économies développées ? C’est Olivier Garnier, chef économiste du Groupe Société Générale, qui nous fera part de ses réflexions. Mais en ouverture, le regard d’un observateur, qui est aussi un acteur engagé : celui d’Alain Minc.

Alain Minc

Merci de me permettre de dire des généralités avant que les gens compétents disent des choses plus précises. Même si je regrette de ne pouvoir participer à vos échanges après mon topo car je devrai vous quitter.

Je voudrais que nous ayons en tête l’idée que nous sommes tous des ressuscités. Je pense que, à chaque difficulté, il faut se dire tout de même qu’il y a de cela dix-huit mois le système d’économie de marché a failli voler en éclats. Ce week-end spécifique où s’est réuni à Paris l’eurogroupe élargi au Royaume-Uni, nous étions en réalité au bord du gouffre. Si, à ce moment-là le plan qui a été annoncé n’avait pas été accepté par les marchés, les retraits des banques auraient été d’une extrême violence et la crise qui était contenue aux milieux économiques dirigeants serait devenue une crise des pays et une crise des opinions publiques. Il faut savoir que le vendredi précédent il y avait déjà des retraits importants et que, très responsables, les médias les ont tus.

Il va devenir de plus en plus difficile de dire aux opinions que les efforts de rigueur consistent à payer le prix d’un sauvetage que l’amnésie naturelle va conduire à oublier de plus en plus vite. Ce sera d’ailleurs une des difficultés des équations politiques auxquelles feront face les dirigeants de tous les vieux pays, c’est-à-dire l’Europe et les Etats-Unis puisque, à l’évidence, cette crise a fait basculer les Etats-Unis qui étaient à cheval entre les deux mondes du côté du Vieux Monde. Pour une raison simple : la ligne de marquage indique que le Vieux Monde court avec 20 à 25% d’endettement supplémentaire, tel un sac de sable sur ses épaules. Et les Etats-Unis se trouvent à cet égard dans la même situation que l’Europe.

Deuxième élément que ce contexte récent met en exergue : on nous a enseigné pendant des décennies que nos économies étaient solides et nos sociétés fragiles. Je pense que la leçon des dix-huit derniers mois c’est que l’économie est fragile mais que les sociétés sont solides. Qui aurait dit qu’il y aurait une récession de – 5% en Allemagne dans un calme social absolu ? Qui aurait dit que la France supporterait – 2,5% dans un très, très grand calme ? Nous vivions avec une espèce de tabou qui veut que la France, pour des raisons d’équilibre de sa société, ne supporte pas les récessions et qu’en dessous de zéro le pays explose. Il n’a pas explosé, peut-être parce qu’il a une capacité intrinsèque à surmonter les difficultés.

Il y a avait un modèle français traditionnel qui est : la France entre plus tard dans les crises et elle en sort plus tard et rebondit moins. La première partie du paradigme s’est vérifiée : nous sommes entrés un peu plus tard et nous avons plongé moins. Pour des raisons qui tiennent à une moindre exposition au commerce extérieur. La question est : sortirons-nous plus tard, rebondirons-nous moins ? Si c’est le cas, cela veut dire que les arthritismes qui pèsent sur notre croissance et – c’est votre sujet – sur le marché du travail n’ont pas été résorbés. Si nous sortons aussi vite et que nous rebondissons aussi haut que les autres, ça signifie que la série de micro ajustements à laquelle nous avons assisté a rempli son effet et que nous avons pour une part réglé maints de nos arthritismes.

Troisième élément : il y a deux France. Pour 90% des Français il n’y a pas eu de crise. Il y a même eu une excellente année 2009 en terme de pouvoir d’achat, puisque les salaires sont indexés sur l’inflation de l’année précédente. Pour cette France-là qui est la France des gens sous statut et de ce que l’on appelle « la France de la main d’œuvre japonaise », il n’y a pas eu de crise. Et puis il y a l’autre main d’œuvre, « la main d’œuvre à l’américaine » que la crise a touchée. Je parle des CDD, des intérimaires et des secteurs les plus fragiles de la sous-traitance qui, en bout de chaîne, prennent le choc de plein fouet.

Cela rejoint un thème devenu un leitmotiv pour le vieil essayiste que je suis : l’égalité française est inéquitable. Moins les gens sont insérés, moins à la limite ils menacent le système. On peut faire ce diagnostic et en mesurer les effets pervers. Une partie du pays a payé le prix de la crise pour le compte de l’autre.

Quatrième élément : il touche aux enjeux immédiats. On est devant un défi sans précédent si l’on évoque la gestion macro économique de la sortie de crise. Il faut être rigoureux à terme pour une raison tout à fait simple : c’est le seul moyen d’être financé dans des conditions décentes par les marchés. Et puis ne pas être récessif à court terme car un coup de volant trop brutal contribuerait à annihiler une reprise déjà extrêmement fragile. Cet exercice de pilotage n’a pas de précédent. D’habitude les cycles sont classiques : un coup d’accélérateur, un coup de frein, etc. C’est à peu près comme cela qu’on a fonctionné depuis l’après seconde guerre mondiale. Mais aujourd’hui on est face à une équation qui vaut pour tous les pays du Vieux Monde, Etats-Unis compris, qui est : il faut prendre des engagements de long terme, suffisamment contraignants pour que les marchés soient rassurés mais il faut que ces engagements de long terme n’aient pas des effets récessifs à court terme. D’où la nécessité d‘inscrire la solution dans le marbre – comme la réforme des retraites – et d’essayer comme l’ont fait les Allemands, d’inscrire un processus de rétablissement des comptes en lui donnant une valeur constitutionnelle.

Je pense que certains parmi vous sont choqués de m’entendre parler avec autant de révérence des marchés. Ce n’est pas une révérence. Je n’ai pas de révérence pour la loi de l’apesanteur, mais elle existe. Les marchés sont comme la loi de l’apesanteur : on peut les détester mais on ne peut les nier. Aujourd’hui, nous vivons avec deux boussoles. L’une, ce sont les marchés ; l’autre, c’est l’acceptabilité par nos pays des mesures et des décisions qu’il est inévitable de prendre. La politique devient dès lors un équilibre complexe entre les marchés et la rue. Ce qui est aussi une équation sans précédent. 

Donc cela fait deux équations sans précédent. La première consiste à dire que nos engagements de long terme ne doivent pas obérer notre politique à court terme ; la deuxième implique de trouver dans chacun des vieux pays un cheminement politique qui satisfasse les marchés et qui ne mécontente pas, au-delà du raisonnable rituel, la rue. C’est un défi extraordinairement difficile.

Cette crise change-t-elle structurellement nos économies ? Je ne le crois pas. L’effet récessif pèse, évidemment. Mais le changement de l’économie a eu lieu avant, au moment de la chute du communisme par la concomitance qui est le fruit du hasard de deux phénomènes : la victoire de l’économie de marché à l’échelle du monde entier, et la révolution technologique qui entraîne la liberté de mouvement des capitaux, la course à l’innovation et aussi, pour ceux qui aiment l’économie d’autrefois, un cycle Kondratiev. Il y a une énorme différence entre l’informatique – révolution d’avant – et tout ce qui tourne autour des formes du net, du multi média et autres. Un cycle Kondratiev c’est une révolution technologique qui pèse sur l’offre positivement en améliorant sa productivité et qui développe une nouvelle demande au niveau du consommateur final. L’informatique pesait sur l’offre au niveau bien intermédiaire, elle ne créait pas de nouvelle demande au niveau du consommateur final. Tout ce qui tourne autour du multi média et du net joue sur les deux aspects. Cela pousse la productivité à la hausse et donc améliore l’offre. Je regrette qu’on ne lise pas assez d’études montrant la part dans le budget des ménages des consommations liées à cette révolution technologique. Cette révolution-là est la toile de fond et la crise que nous vivons ne change pas cette toile de fond. Les fondamentaux du système économique mondial n’ont pas changé en tant que tels mais le sac de sable que la crise a mis sur nos épaules est un frein à la croissance car nos pays vont payer pendant une vingtaine d’années le sauvetage du système.

Avant que la crise conjoncturelle ne commence, on pouvait provoquer en disant qu’il y a avait plein emploi pour ceux qui pouvaient et voulaient travailler. Mais un pays comme la France qui, à un moment donné, connaissait une pénurie d’informaticiens et de serveurs de bar, de spécialistes des communications et d’ouvriers du bâtiment, était un pays de plein emploi pour ceux qui pouvaient et voulaient. Ceux qui pouvaient et ne voulaient pas, c’est toute une frange de la population à laquelle on essaie de répondre par le RSA, c’est-à-dire un système d’incitation au retour au travail pour ceux qui ont trouvé un point d’équilibre entre le bénéfice d’aides sociales et le travail au noir. Par incidente, je crois qu’il faut dans les périodes de crise réhabiliter l’économie clandestine ! Je sais que je vais en choquer beaucoup parmi vous. Si la Grèce échappe – et elle échappera – à l’explosion sociale, c’est tout simplement à cause du poids de l’économie clandestine. Ce que les agences de notation ne mesurent pas. On ne peut pas juger un pays comme la Grèce, où l’économie clandestine représente entre 40 et 50% du PIB, en fonction des mêmes critères que le Danemark. Ce que ces benêts des agences de notation ne cessent de faire. Comment l’Espagne vit avec 20% de chômage ? On peut aussi se demander pourquoi cela ne fonctionne pas en Grande-Bretagne : ce n’est pas tellement parce que d’un côté il y a le puritanisme nordique et de l’autre le laxisme catholique ou orthodoxe du sud, c’est tout simplement qu’il y a des pays où existe une épargne nationale et des pays où les ménages sont endettés. Il n’y a pas d’économie clandestine quand les ménages sont endettés. Il faut une épargne nationale pour qu’une économie clandestine puisse se développer. Je ne fais pas devant vous l’apologie de l’économie clandestine comme d’autres vanteraient la libre circulation des drogues. Je dis simplement que dans des périodes comme celles que nous vivons l’économie clandestine peut être un bienfait. Partout où le FMI passe, les pays ne trépassent pas grâce à l’économie clandestine.

J’en reviens à mon propos. Ceux qui voulaient et ne pouvaient pas : ce sont ceux dont la productivité n’est pas compatible avec le coût du travail. Là on est devant un défi très lourd. La pression budgétaire à laquelle nous sommes soumis va créer la tentation de taper dans tous les systèmes d’aides. Cela est plus facile que d’agir sur le nombre de fonctionnaires dans un pays qui, rappelons-le, a créé plus d’un million d’emplois publics en dix ans. En période de retour à la croissance, il faut trouver un moyen de remettre une incitation au retour sur le marché du travail et de ce point de vue je pense que le RSA était un pas dans la bonne direction même si on n’est pas au bout de la course.

Je conclurai avec cette idée que nous devons tous avoir en mémoire : chaque jour où vous faites face à une difficulté en considérant que cela va de mal en pis, répétez-vous que cela aurait pu aller infiniment plus mal, que nous aurions pu connaître une récession au moins équivalente à celle des années 1930 et que même si l’histoire ne revient jamais sur ses pas, les mêmes conséquences politico-sociales ont pu être évitées. Gardez cela en mémoire. La mémoire c’est l’hygiène de l’optimisme.

Jean-Marc Chardon

Merci, Alain Minc, pour ces propos en liberté. Venons-en aux conséquences internationales de cette crise avec John Martin, de l’OCDE.

John Martin


J’ai à la fois le plaisir d’être devant vous et la tâche de définir les contours et les conséquences de la crise pour l’emploi dans les pays de l’OCDE. Je commence avec trois constats :

1° Cette crise de l’emploi est sans précédent. Le taux de chômage de l’OCDE est passé de 5,8% à la fin de 2007 à 8,8% en octobre 2009 qui est un taux jamais atteint depuis la période de l’après-guerre. Il semble néanmoins s’être stabilisé, s’élevant aujourd’hui à 8,7%.
2° Il y a une bonne nouvelle : la reprise s’est amorcée. Mais malheureusement la crise de l’emploi est loin d’être terminée. D’après nos prévisions les plus récentes à l’OCDE, les taux de chômage devraient rester plus ou moins stables cette année avant de baisser lentement l’année prochaine. Mais le taux de chômage de la zone OCDE risque de demeurer aux alentours de 8% à la fin de 2011.

3° Et j’insiste sur ce point : des mesures audacieuses sont nécessaires pour s’attaquer à un chômage très élevé et persistant. Ce que les économistes appellent le défi de l’hystérèse. Je vais y revenir.

Regardons la variation des taux de chômage des pays de l’OCDE. Ainsi la Norvège, la Corée et les Pays-Bas évoluent autour de 3 ou 4%. Tandis qu’en Espagne le taux de chômage avoisine 20%. Deuxième fait remarquable : ce sont les hausses très fortes du chômage dans plusieurs pays, l’Espagne, l’Irlande, les Etats-Unis et l’Islande, mais aussi le Danemark et la Suède. Peut-être faut-il y voir, pour ces deux derniers pays, le revers de la médaille de la flex-sécurité. A noter aussi des augmentations plus modérées dans certains pays de l’Europe continentale : l’Italie, la Belgique, la France, la Pologne, la Suisse, voire même une légère baisse en Allemagne.

Comment obtient-on ces ajustements ? Il y a une différence entre la marge intensive, c’est-à-dire les horaires travaillés, et la marge extensive, c’est-à-dire les variations de l’emploi sur le marché du travail. L’emploi peut en effet s’ajuster de différentes façons pendant le cycle, selon les pays. Si on regarde le cas de l’Allemagne, l’ajustement des heures travaillées est assez important. Cette situation est souvent associée par les observateurs au système de kurz arbeit, c’est-à-dire de chômage partiel. Mais je crois que ce n’est là qu’une partie de l’histoire car la réduction des horaires travaillés décidée par les employeurs, la baisse des heures supplémentaires et la liquidation des comptes épargne-temps individuel ont également joué un rôle important dans la réduction du nombre moyen des heures travaillées que l’on a pu observer en Allemagne.

Existe-t-il un miracle allemand ? Il peut y avoir en tous cas deux explications. La première concerne l’ajustement via la marge intensive, et renvoie aux politiques et aux accords qui ont conduit les entreprises allemandes à réduire le nombre d’heures travaillées. La seconde renvoie aux réformes structurelles conduites il y a quelques années et qui pourraient permettre aujourd’hui de réduire les effets de persistance du chômage.

Si on compare la situation en France à celle de l’Allemagne, la question est de savoir si le taux de chômage actuel de 10% a atteint son pic déjà observé lors des périodes de récession des années 1980. Pour l’essentiel, les pertes d’emploi ont pris la même forme que celles observées lors des récessions passées : les hommes beaucoup plus touchés que les femmes ; les jeunes particulièrement atteints, ainsi que les travailleurs temporaires et les travailleurs peu qualifiés. Mais on observe deux exceptions intéressantes : d’abord, l’emploi des seniors a un peu augmenté ; ensuite les travailleurs avec des qualifications intermédiaires ont également souffert ce qui reflète l’impact sectoriel de la crise, surtout sur le secteur manufacturier.

J’en viens aux réponses de l’OCDE sur le front des politiques mises en œuvre sur le marché du travail.

Les ressources allouées aux politiques sur le marché du travail concernent en moyenne 1,3% du PIB dans les pays membres de l’OCDE. Dont 0,8% pour les politiques dites passives d’indemnisation du chômage et 0,5% pour les politiques dites actives. Mais de larges différences apparaissent entre les pays. 0,4% aux Etats-Unis jusqu’à près de 3% au Danemark. En 2008, ces ressources s’élevaient en France à 2% du PIB. L’extension et la création de dispositifs d’activité partielle sont la principale innovation. Il ne suffit donc pas d’être volontaire, il faut pouvoir ancrer dans le concret les dispositifs utiles.

Jean-Marc Chardon

La parole est à Benoît Coeuré, directeur adjoint général du Trésor.

Benoît Coeuré


La question est : comment le marché du travail en France a-t-il réagi depuis 2008 ? Pourquoi cette approche rétrospective ? Parce que les économistes aiment utiliser des béquilles. La première béquille c’est la modélisation. La deuxième c’est l’observation du passé. L’économie s’inspire toujours de l’histoire pour essayer de prévoir le futur. En même temps, on est dans un domaine où les évolutions sont rapides. Voilà pourquoi la violence et la rapidité de la crise de 2008-2009 sont porteuses d’enseignements très riches sur le fonctionnement du marché du travail aujourd’hui en France. Je vais aborder cette question sous trois angles : l’angle sectoriel, l’angle des catégories d’emploi et pour finir celui de la vitesse d’ajustement de l’emploi aux chocs sur l’activité.

On a besoin de prévisions d’emplois pour prévoir l’activité, mais aussi les dépenses publiques puisque les dépenses sociales dépendent de manière cruciale de la masse salariale. Le lien entre l’emploi et l’activité est très important aux yeux des économistes. Il détermine en effet le cycle de productivité. Et que voit-on dans cette crise 2008-2009 ? Comme lors des crises précédentes l’emploi réagit avec retard à l’activité et il y a donc une baisse de la productivité dans un premier temps avant que n’apparaisse un ajustement lié à la réaction des entreprises qui cherchent à rétablir leurs marges. Quand on compare les pertes d’emplois intervenues par rapport à d’autres épisodes de l’économie française, on observe la disparition de 600 000 emplois en France, à comparer avec les pertes d’emplois lors de la crise de 1991-1993 qui s’élevaient à 540 000. On a donc des niveaux de pertes d’emplois comparables mais la différence est qu‘ici cela se passe sur sept trimestres alors que, au début des années 1990, cela se passait sur douze trimestres. Le choc est donc d’ampleur comparable mais en réalité beaucoup plus violent parce qu’il touche l’économie française beaucoup plus vite. 

Quel est l’impact de la crise par secteur d’activité ? Elle frappe d’abord l’industrie ; mais aussi les services, ce qui n’était pas le cas des épisodes de ralentissement précédents. Le choc semble donc plus « homogène » que lors des crises passées. Quid de l’intérim ? Bien sûr, l’intérim est comptabilisé dans les emplois de service, et ce voile brouille souvent les statistiques. Mais quand on retraite statistiquement les chiffres d’intérim pour affecter les salariés là où ils travaillent réellement, on comprend que la crise a d’abord touché l’industrie manufacturière, ce qui rejoint la connaissance que nous avons au niveau des entreprises et des territoires. Bien sûr, pour comprendre ces chiffres, il convient de ne pas négliger une tendance historique en France qui est celle de la désindustrialisation, c’est-à-dire du déversement des emplois de l’industrie vers les services indépendamment de la crise.

S’agissant de l’emploi des jeunes, l’impact de la crise s’observe notamment à travers le taux d’accès au contrat à durée indéterminée, c’est-à-dire le ratio entre les entrées en CDI ramené à la population salariée comparée entre les moins de 30 ans et les travailleurs de 30 à 59 ans. Et on voit que la crise se traduit par une baisse sensible du taux d’accès au CDI pour les jeunes, ce qui est une cause de l’augmentation du chômage des jeunes. Certains indicateurs sont toutefois moins négatifs : ainsi les entrées en apprentissage ne se sont pas interrompues et continuent même à progresser.

L’écart entre le taux de chômage des femmes et des hommes se réduit. Structurellement, on le sait, le taux de chômage des femmes est supérieur en France. La crise a donc touché plus d’hommes. Cela renvoie à des phénomènes complexes : des effets sectoriels font que l’industrie a été davantage touchée que les services, et il est un fait que l’industrie emploie plus d’hommes que de femmes. Un effet est lié aussi aux catégories d’emploi : les femmes sont plus recrutées que les hommes dans des catégories d’emploi dites plus flexibles. Les services n’ont pas échappé à la crise mais ils ont eu la possibilité de réagir par des ajustements du nombre d’heures travaillées ; ce qui a pu permettre à l’emploi féminin de mieux résister que l’emploi masculin. La flexibilité du travail a donc été un facteur de résistance par rapport à ce que nous avons connu lors de précédentes crises, même si elle a par ailleurs des conséquences négatives sur le niveau et la sécurité des revenus. Si l’on regarde du côté des seniors, les nouvelles sont plutôt bonnes : l’emploi des 55-64 ans reste relativement stable (autour de 40%) – en sachant que le taux d’emploi entre 55 et 60 ans est de 60%, et seulement de 20% entre 60 et 64 ans ; ce qui est une particularité française. Cette apparente stabilité masque en réalité un effet de structure qui est l’entrée des « baby boomers » dans cette population. Quand on calcule un taux d’emploi qui est corrigé par génération, c’est-à-dire qu’on ne rapporte pas l’emploi total des 55-64 ans à la population totale des 55-64 ans mais on calcule ce ratio génération par génération, la moyenne pondérée affiche un emploi des seniors qui résiste bien à la crise. C’est un enseignement paradoxal et peu connu.

Enfin et c’est mon dernier point, la structure du marché du travail détermine aussi la réponse de l’emploi aux chocs sur l’activité, et bien comprendre cette dynamique est crucial pour prévoir la sortie de crise. Des recherches en cours à la direction général du Trésor montrent que l’intérim réagit plus fortement et plus rapidement que l’emploi hors intérim, et que cette dynamique a évolué au cours des dernières années. Comprendre ce qui est dû à l’évolution du marché du travail et ce qui est lié à la nature des chocs, c’est-à-dire à la nature particulière de cette crise, c’est le chantier des prochains mois pour appréhender comment le marché du travail français sortira de cet épisode.

Jean-Marc Chardon

Merci Benoît Coeuré. Nous voilà au cœur même de cette table ronde qui évoque les facettes de cette crise atypique. Ecoutons Olivier Garnier, chef économiste du Groupe Société Générale.
 
Olivier Garnier 

Beaucoup a déjà été dit. Mais il y a curieusement un grand absent dans notre discussion : le groupe des économies émergentes. Jusqu’ici nous n’avons parlé que des économies de l’OCDE. Pourtant, quand on regarde les données sur l’emploi total dans l’ensemble du monde – soit trois milliards d’emplois – on voit que seulement 15% d’entre eux se trouvent dans les économies dites développées. En d’autres termes, 5 emplois sur 6 dans le monde se situent aujourd’hui dans les économies émergentes.

Or, une des caractéristiques de cette crise est qu’elle a impacté très différemment les économies développées, d’une part, et les économies émergentes, d’autre part. Ainsi, dans le monde développé, le taux de chômage est remonté aujourd’hui à son plus haut niveau de l’après-guerre, soit environ 9%. En revanche, d’après les estimations du Bureau international du travail, le taux de chômage dans l’ensemble du monde se situait à environ 6,5% en 2009, soit à peu près le même niveau que celui de la fin des années 1990. L’emploi total mondial a même continué d’augmenter en 2008 et 2009. Tout ceci montre que le marché du travail a beaucoup mieux résisté dans les économies émergentes que dans les économies développées, et qu’il peut être trompeur de ne regarder que ces dernières. 

Cette divergence entre économies émergentes et développées a sans doute été amplifiée par des facteurs conjoncturels, mais elle est pour une large part appelée à durer. Ceci renvoie à deux grandes questions. La première concerne le sujet de la localisation des emplois. Dans le passé, les stratégies de délocalisation par les entreprises du monde développé visaient avant tout à bénéficier d’un coût du travail plus bas. Aujourd’hui, les entreprises abordent la question de la localisation de leurs activités et de leurs effectifs à partir de la question suivante : où sera la croissance de la demande mondiale au cours des quinze prochaines années ? Les emplois se créent donc à proximité des marchés dont le potentiel de développement est le plus important. On est donc passé d’une problématique fondée sur les seuls écarts de coût du travail à celle plus large du redéploiement de la croissance mondiale.

Le deuxième question concerne le coût relatif du travail par rapport au capital. Il y a quelques années, un économiste américain, Richard Freeman, avait parlé de doublement de la force de travail mondiale durant les décennies 1980-1990, du fait de l’intégration dans le capitalisme de marché de pays comme la Chine, l’Inde et l’ex-Empire soviétique. Mais comme ces économies ne sont pas venues avec du capital, le ratio capital-travail au niveau mondial a été divisé par deux. Or, comme l’enseignent les manuels d’économie, une chute du ratio capital-travail devrait normalement s’accompagner d’une hausse du coût relatif du capital par rapport au travail. En toute logique, on aurait donc dû voir une montée du taux d’intérêt réel mondial. Pourtant, dans les années 2000, c’est l’inverse qui s’est produit. Ce coût relatif du capital trop bas au niveau mondial est à l’origine des excès de crédit et du « mal-investissement » observés dans les années qui ont précédé la crise. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de correction de ces déséquilibres. Dans la période qui vient, le capital va constituer, au niveau mondial, une denrée relativement rare et peut-être aussi plus chère. En outre, le durcissement des contraintes prudentielles sur les institutions financières (Bâle 3 pour les banques, Solvabilité 2 pour les compagnies d’assurance,…) pourrait accentuer cette tendance.

L’économie mondiale est donc encore très loin de s’être ajustée au choc représenté par le doublement de la force de travail mobilisable.

Jean-Marc Chardon


Merci Olivier Garnier. Avant d’ouvrir le débat avec vos questions, Benoît Coeuré souhaite ajouter quelques mots.

Benoît Coeuré


Olivier Garnier vient de mentionner un point tout à fait fondamental en soulignant la dimension internationale et mondiale du choc de la crise. On ignore la nature sectorielle des emplois qui vont être recréés. Ainsi, la crise va-t-elle marquer une accélération ou un ralentissement de la désindustrialisation de la France ? C’est pourtant un sujet fondamental pour les politiques publiques. Une autre interrogation est celle de l’équilibre entre marché mondial du travail et économie mondiale. Je pense qu’il n’est pas inutile que des structures internationales ou des lieux de dialogue constructif comme le G20 s’intéressent aux questions de l’emploi plus qu’elles ne le font aujourd’hui.

Jean-Marc Chardon


On voit qu’il reste beaucoup d’interrogations et quelques inconnues quand on croise les problématiques. Le temps est venu pour quelques questions...

Débat avec les participants

Question

Les statistiques données par la direction générale du Trésor prennent-elles en compte les transferts financiers qui ont été faits pour soutenir l’emploi dans les sociétés automobiles que je qualifierai de sociétés de la vieille économie disparaissante ? Et est-ce la même chose de parler du marché du travail en France et aux Etats-Unis, car la France a une forte structure entreprenariale avec 90% de TPE avec moins de 10 salariés ? Ce sont eux, les sous-traitants, qui ont subi la crise.

Benoît Coeuré

Si votre question implicite c’est : a-t-on eu raison ou non de faire des prêts à l’automobile, la réponse est que face à une telle crise il est normal de chercher à lisser les solutions en faveur de l’emploi parce que cela a un impact sur la dynamique de l’économie, qu’elle soit vieille ou innovante. Il ne s’agit ni d’insulter l’avenir, ni de préempter le mode de sortie de crise. 

John Martin

A la question "les taux de chômage sont-ils comparables ?" je réponds que, depuis des années, les chiffres retenus par les instituts nationaux, en harmonie avec l’OCDE, sont bel et bien comparables. En ce qui concerne l’impact de cette crise et les différences sur les marchés du travail, il est important d’avoir trois choses à l’esprit : 1. le point de départ, parce que, avant la crise, les situations étaient très différentes entre les pays ; 2. la nature du choc sur la structure de l’économie ; 3. les réactions au sein même du pays concerné.

Question

Ma question concerne le lien entre emploi et commerce international. Ne voit-on pas d’un coté en Asie des excédents massifs, en Europe des déficits et à l’intérieur même de l’Europe une césure entre l’Allemagne qui réalise des excédents grâce à une politique de désinflation compétitive et d’autres pays européens qui sont à la traîne par rapport à l’Allemagne qui compresse les coûts salariaux ?

Benoît Coeuré

Tout cela est exact. Il y a d’énormes déséquilibres mondiaux. La zone Euro est un microcosme du monde qui ne contribue pas à ces déséquilibres dûs aux Etats-Unis d’une part, à la Chine d’autre part. Pour simplifier, il existe à l’intérieur de la zone Euro un déséquilibre entre le nord et le sud dont on voit les ramifications à travers la crise actuelle. Deux conséquences : il faut changer les modèles de croissance aussi bien aux Etats-Unis qu’en Chine, et la nouvelle appréciation du Yuan mise en œuvre par Pékin est un signe. La surveillance des politiques dans la zone Euro a été focalisée depuis 1999 sur la question budgétaire. C’était nécessaire comme l’a vu et comme on le voit en Grèce. Il faut être attentif à l’économie réelle et au marché du travail. Le problème est reconnu, le diagnostic est partagé, la question sera de mettre en place un dispositif accepté par les Etats, puisque se faire conseiller par la Commission européenne sur ses finances publiques n’est déjà pas agréable, et pour ce qui est du marché du travail, n’oublions pas qu’il s’agit d’une matière relevant aussi de la compétence des partenaires sociaux à l’intérieur de chaque pays.

Question

Le débat sur le protectionnisme va-t-il revenir à l’ordre du jour dans ces conditions ?

John Martin


Il y a toujours des risques d’un protectionnisme accru surtout quand on est face à une situation de crise sur le marché du travail. Nos outils d’observation ne nous permettent pas cependant de dire qu’il y a actuellement une résurgence d’interventions ou d’attitudes protectionnistes. Ni sur le marché des biens et de services ni sur les investissements étrangers.

Benoît Coeuré

Il y a aussi une raison très simple : la croissance mondiale vient d’Asie et ce n’est pas raisonnable d’être protectionniste quand la croissance vient d’ailleurs.

Question


Quelle place accordez-vous à l’économie immatérielle dans la reconstruction du marché du travail ?

John Martin

Ces mots me semblent non pas vides de sens mais éloignés de la réalité. Pourtant cette immatérialité peut s’affirmer très concrètement, par exemple dans la santé et les soins à domicile. Vous allez me dire qu’il s’agit d’emplois mal rémunérés et qui sont exercés dans des conditions difficiles. C’est vrai. Mais, dans l’avenir, ces secteurs-là vont être des bassins d’emplois.

Question

Vous ne parlez pas de l’impact de l’émergence des nouveaux métiers qui sont un levier supplémentaire de sortie de crise. On peut penser aux biotechnologies, aux emplois verts pour l’avenir.

John Martin


Il y a un grand débat sur la définition des emplois verts. Mais il ne faut pas s’emballer. On parle d’un tout petit secteur de l’économie actuelle. Peut-être 1 ou 2 %, d’après ce qui a été chiffré aux Etats-Unis par le Bureau des statistiques et en Europe par Euro-Stat en se servant des mêmes définitions. Cela implique des modifications de compétences des salariés.

Question


Derrière les chiffres que vous annoncez, je ne me retrouve pas dans l’économie que je connais. La Chine a entre 200 et 250 millions de chômeurs. Est-ce en voilant la vérité des chiffres que l’on va résoudre la crise ?

John Martin


En ce qui concerne la Chine, le poids énorme du secteur agricole et rural submerge encore le secteur industriel moderne ou informel. La Banque mondiale parle de près de 60% des travailleurs chinois dans le secteur rural et agricole. Et le secteur manufacturier, orienté vers l’exportation, reste relativement faible, même s’il continue de croître. La réserve de main d’œuvre est énorme : on parle de vingt millions d’individus supplémentaires par an, susceptibles de rejoindre une unité de production. Cette situation ne sera pas indéfiniment sans conséquence sur le niveau de vie des travailleurs des pays membres de l’OCDE. Il est donc dans notre intérêt de voir des salariés chinois demander des hausses de salaires.

La Chine n’a pas de système global de protection sociale. Il n’existe ni système de retraite national, ni de chômage, etc..., ce sur quoi repose le socle social dans les pays de l’OCDE. La Chine va en outre se trouver d’ici à une vingtaine d’années confrontée à un vieillissement de sa population beaucoup plus rapide que celui observé dans les pays de l’OCDE. C’est le grand défi de la Chine : continuer la transformation des structures industrielles, certes, mais aussi mettre en place un système colossal de protection sociale.

Jean-Marc Chardon

Merci d’avoir défriché et ouvert des pistes que va prolonger la prochaine table ronde dont le thème est : l’emploi au-delà de la crise.

 

Deuxième table-ronde

L’emploi au-delà de la crise

Participants :
Laurent Wauquiez, Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi
Xavier Lacoste, Membre du Conseil d’Orientation pour l’Emploi
Jean-Luc Vergne, Président de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), directeur des ressources humaines du Groupe BPCE
Gilbert Cette, Directeur des analyses microéconomiques et structurelles, Banque de France, professeur d’économie associé à l’Université de la Méditerranée

Deuxième table-ronde 

 

Leïla de Comarmond

Le panorama de la conjoncture n’est pas forcément très réjouissant. La question est : comment se projeter alors que le retournement conjoncturel n’est pas encore vraiment avéré ? La reprise est annoncée mais la crise de l’emploi est loin d’être terminée. Alors Gilbert Cette, n’y a-t-il pas quelque chose d’un peu anachronique à parler de l’au-delà de la crise quand nous y sommes « en plein dedans », pour parler simplement ?

Gilbert Cette


A vrai dire, et cela peut sembler paradoxal, la situation française s’améliore au sens où l’on perd de moins en moins d’emplois. On observe même une stabilité de l’emploi au premier trimestre 2009.

Deux remarques, cependant : le tassement de l’emploi a été moins fort que celui du PIB. L’ensemble des croissances trimestrielles négatives du PIB fait environ 4%, et l’ensemble des croissances trimestrielles négatives pour l’emploi dans cette crise atteint environ 2%. Cette considération est importante parce qu’elle témoigne de l’existence d’un surplomb d’emploi. Pour autant, la baisse du PIB a été moins importante qu’en Allemagne, où l’on n’a pas observé de baisse de l’emploi. 

Les perspectives d’emploi sont très incertaines, cette incertitude venant de celles concernant la croissance, mais aussi les gains de productivité, et enfin l’ampleur du surplomb d’emplois. La croissance française est estimée à 1,5% en 2010, 1,6% en 2011 en moyenne dans le Consensus Forecast. Ce qui est surtout remarquable, c’est l’ampleur des écarts de prévisions sous-jacentes à cette moyenne. Par ailleurs, ces incertitudes pour l’avenir concernent aussi les salaires, car on peut envisager de sortir de la crise avec des modérations salariales qui pourraient se prolonger.

Leïla de Comarmond


En se tournant vers vous, Jean-Luc Vergne qui êtes le président de l’AFPA, on a envie de dire non pas « à quoi bon », mais « comment faire ».

Jean-Luc Vergne

Cette crise économique, financière et des marchés a un impact important évidemment sur l’économie et l’emploi. Personne aujourd’hui n’est encore en mesure de l’estimer dans sa complexité et dans sa globalité. Certes, il s’agit d’instaurer « une rigueur » – ou un autre mot qui sera choisi mais sans porter préjudice à la croissance et à l’emploi.
Tous ceux qui ont mis en place par le dialogue social des comités stratégiques ou des observatoires des métiers, pour s’informer de l’évolution de ces dits métiers au sein des entreprises, sont au cœur d’une dynamique que nous devons développer. L’accord national interprofessionnel sur les formations montre que les partenaires sociaux ont su prendre leurs responsabilités. Je citerai également aussi la formation-activité où l’Etat et ces mêmes partenaires sociaux ont su réunir des solutions pour éviter, sinon limiter, le chômage ou le licenciement. Ces dispositifs sont là pour éviter les ruptures.

Leïla de Comarmond


Xavier Lacoste. Vous êtes membre du Conseil d’orientation pour l’emploi, et vous avez la parole.

Xavier Lacoste

Je suis d’accord avec Jean-Luc Vergne. Par les nouveaux champs qu’il prend en compte, le dialogue social permet de commencer à piloter dans les entreprises comme dans les territoires une évolution de l’emploi ou une tentative de se concerter pour organiser, anticiper, en mobilisant tous les outils disponibles et nécessaires pour un meilleur pilotage de l’emploi. On le voit de plus en plus : dans des bassins d’emplois, partenaires sociaux et élus locaux se réunissent pour mettre en commun les informations dont ils disposent. L’étonnant c’est que c’est nouveau. Sous cette forme-là en tout cas. Et avec cette volonté d’anticiper.

Cela dit, on est dans une situation où l’emploi d’après la crise va être intimement lié au chômage de la crise. Ce qui veut dire que les taux de croissance ne suffisent pas à résorber le chômage. On commence déjà à voir des effets de cette situation : le taux d’emploi des seniors a progressé mais, dans le même temps, le taux de chômage des jeunes s’accroît ; dans une économie qui ne crée pas beaucoup d’emplois, nous sommes dans un système – hélas – de vases communicants qui fait que la prolongation d’activité des seniors, si on n’est pas dans une dynamique de création d’emplois, va se faire au détriment de l’emploi des jeunes. Par ailleurs, beaucoup de grands groupes même si ce n’est plus de saison vont continuer à faire des pré-retraites. Ou mettre en œuvre des programmes de rémunération moindre avec totale dispense d’activité. Il y a cependant depuis quelques mois une évolution liée manifestement à la parité euro-dollar. Dans de grands secteurs exportateurs de la zone euro, une situation jugée dramatique voilà quelques mois s’est transformée en situation d’incertitude. Evidemment l’incertitude vaut mieux que le drame. Si on regarde du côté du grand groupe emblématique qu’est EADS, l’épaisseur des carnets de commande est plus importante qu’il y a encore quelques mois et surtout les prix sont moins contraints. Cela dit, l’industrie continue à souffrir et les annonces de restructuration demeurent importantes, avec des conséquences inéluctables pour les sous-traitants parce qu’elles signifient la fin de leur activité ou des licenciements. Et, dans certaines régions ou bassins d’emplois des taux de chômage proches des 20%, sans beaucoup d’espoir de baisser à court terme.

Par ailleurs, je ne comprends pas, quand on parle d’emplois, qu’on ne parle jamais d’emplois publics. Il y a quand même un quart des personnes actives en France qui travaillent dans le public. Sans forcément être fonctionnaires, mais qui occupent un emploi public. Dans les bassins d’emplois, sur les territoires, quelle raison fait qu’on continue à gérer d’un côté des recrutements publics, et de l’autre un suivi de l’emploi pour les seules entreprises privées ? Je n’appelle pas au démantèlement du statut de la fonction publique. Etant moi-même fonctionnaire, je suis attaché aux conquêtes et aux luttes passées. Néanmoins on peut s’interroger sur les besoins de recruter pour toute une vie dans certaines collectivités territoriales afin de remplir certains emplois qui mobilisent des compétences disponibles dans des entreprises en train de se restructurer à côté. Ce travail de réflexion globale a été entamé dans les entreprises publiques ; je pense à GIAT Industries mais aussi à d’autres unités du secteur de la défense nationale. Mais on en reste encore au B.A BA de la façon de prendre les choses en compte. Donc, pour conclure, l’emploi de demain, oui. Mais tout l’emploi de demain.

Leïla de Comarmond

De ce que vous dites, je déduis que la crise a pu jouer un rôle de laboratoire social en faisant émerger des thématiques pas forcément attendues. La question est aussi celle de l’évolution structurelle du marché du travail. Gilbert Cette, vous avez planché sur ce sujet avec Jacques Barthelemy, avocat spécialiste de droit social. Je sais que votre rapport est très touffu mais je dois vous demander de rester dans les délais qui nous sont impartis.

Gilbert Cette


Merci et rassurez-vous, je ne vais pas vous présenter le rapport mais des éléments qui sont des compléments à ce rapport que Jacques Barthelemy et moi avons rédigé. Jacques Barthelemy m’a demandé de vous exprimer ses regrets de ne pouvoir être avec nous aujourd’hui.

L’ajustement du marché du travail dans la crise a déjà été évoqué. Mais il soulève un sujet crucial : celui de l’articulation entre la protection des personnes et la protection de l’emploi. Ces dernières années, on a beaucoup vanté la protection des personnes à travers la flex-sécurité (ou sous d’autres noms). 

Comment expliquer la stabilité de l’emploi en Allemagne pendant la crise alors que le PIB a baissé de plus de 6% au fil de quelques trimestres ? 25% de cette absorption de la crise sur l’emploi sont liés aux dispositifs de chômage partiel qui ont déjà été évoqués. 35% relèvent d’une baisse de la productivité horaire du travail. Et le gros morceau, entre un tiers et la moitié, ce sont des baisses transitoires, conventionnelles, des salaires et de la durée du travail dans le cadre d’accords de branche ou d’entreprise.

Le chômage partiel a connu une ampleur très différente selon les pays. 1,5 million de personnes ont été concernées en Allemagne par les dispositifs de chômage partiel contre environ 300 000 en France. Evidemment, on doit s’interroger sur le pourquoi de cette différence.

Les dispositifs de baisse conventionnelle des salaires et de la durée du travail en Allemagne ont été développés après la réunification, au début des années 1990. Certains ont connu un grand retentissement médiatique : je pense à l’accord Volkswagen de 1993 qui a été très très loin dans la réduction des salaires et de la durée du travail. C’était une réduction qui ne se voulait pas transitoire mais définitive. Cela tient beaucoup à la force contractuelle des accords collectifs en Allemagne. Cette force contractuelle n’existe pas en France puisque, ici, aucun accord ne peut modifier sans l’assentiment individuel du salarié concerné les éléments substantiels de son contrat de travail. Il convient de noter qu’en Allemagne tout se passe dans un contexte de modération générale des salaires.

Dans les assurances et les banques par exemple, la durée du travail (dont le niveau standard est de 38 ou 39 heures) peut ainsi être abaissée jusqu’à 31 heures hebdomadaires. Soit une marge de réduction d’environ 20%. D’autres accords prévoient aussi des « corridors » d’évolution de la durée du travail. A la baisse mais aussi, le cas échéant, à la hausse.

Sécuriser ainsi les emplois est-il toujours, à tout moment, une bonne chose ? Il est bon de rappeler que la sécurisation peut présenter de nombreux inconvénients. Elle peut brider voire retarder l’adaptation de certains salariés à l’environnement économique ou technologique de l’entreprise. Mais aussi pénaliser les entrants, notamment les jeunes. En France, des études montrent que le chômage partiel retarde les licenciements mais ne les empêche pas. C’est un élément à garder en tête : la protection de l’emploi n’est pas une panacée pour l’emploi lui-même.

Comment articuler alors le duo protection de l’emploi et protection du salarié ? La protection des personnes doit bien sûr rester l’axe stratégique des politiques d’emploi. Mais la protection transitoire des emplois est utile et tout à fait appropriée dans un contexte de choc conjoncturel pour éviter des pertes de capital humain qui peuvent être préjudiciables à la reprise.

Que tirer comme enseignements en France de ce que l’on observe en Allemagne ? Il pourrait être pertinent de donner plus de marge aux partenaires sociaux en France pour qu’ils apprécient à leur juste valeur la mise en œuvre de mesures transitoires comme la réduction de la durée du travail et des salaires. Ces compromis concerneraient des domaines très spécifiques. Cela implique de réfléchir sur ce que sont les éléments substantiels du contrat de travail.

C’est là une voie pertinente à étudier et à élaborer en donnant plus de marges aux partenaires sociaux qui demeureraient libres de les utiliser ou pas, sur la base d’une appréciation locale, dans chaque entreprise. Bref, ils apprécieraient le type de protection à préférer momentanément ou compte tenu des chocs que l’entreprise peut être amenée à subir.

Leïla de Comarmond


Jean-Luc Vergne, vous êtes le président de l’AFPA, mais aussi directeur des ressources humaines. Gilbert Cette vient de nous parler du droit du travail et d’assouplissements éventuels. Quelles sont les évolutions que vous percevez dans toutes les fonctions que vous occupez ?

Jean-Luc Vergne

Même quand on porte plusieurs casquettes on reste entier. On ne peut pas se dissocier. Ce que je peux vous apporter c’est un témoignage de praticien, un ressenti qui n’a aucune valeur scientifique.

L’évolution que je note à travers cette crise est celle de l’état d’esprit de nos contemporains. L’opinion, les salariés semblent depuis trois ou quatre ans un peu mieux se faire à l’idée de mesures d’économies. Ce qui était auparavant difficile culturellement semble - je dis bien semble – intégré dans leur réflexion. La contrepartie est que tout cela doit se faire dans un souci de justice sociale. Par exemple, la prise en compte de la pénibilité quand on évoque la réforme des retraites, ou la remise en cause du bouclier fiscal qui apparaît pour de nombreux salariés inéquitable. De plus l’idée de mobilité, même géographique, a fait son chemin. La certitude de l’emploi à vie n’existe plus. Tout avait commencé à bouger au début des années 2000 mais la crise a révélé tout cela.

En revanche je vois monter une inquiétude chez les seniors : pour la retraite – c’est d’actualité -, mais aussi vis-à-vis d’une compétition avec les jeunes qui les rend incertains dans leur lieu de travail. Je relève aussi que des dynamiques en matière d’emplois, qui avaient été développées dans des entreprises en intégrant la question de l’égalité des chances, sont désamorcées.

La crise amène les acteurs, nous tous, à analyser ces éléments qui relèvent de comportements personnels. Dans la vie des entreprises, en revanche, les impacts négatifs sont les délocalisations subies par les prestataires, les sous-traitants, les fournisseurs. Je connais bien le secteur de l’industrie automobile qui a dû trouver, hors de France, des solutions de production à bas coût ou à coût moindre pour satisfaire ses clients.

Cela dit il y a des aspects positifs. Comme le retour d’un certain nombre de métiers ou d’emplois de proximité que la crise a rendus à nouveau utiles. Il faut prendre en considération aussi la question des emplois verts. Et là je parle en tant que président de l’AFPA : en fait on voit plus l’évolution de métiers déjà existants que la création d’emplois nouveaux. C’est-à-dire que des métiers traditionnels s’appuient désormais sur des démarches liées, par exemple, au développement durable : ainsi un plombier ne peut plus se contenter de bricoler de la robinetterie, on attend de lui qu’il fasse des installations thermiques y compris par alimentation photovoltaïque. Voilà un exemple de métier qui évolue. Je le vois au nombre de demandes de stages que nous avons reçues. Le maçon ne monte plus seulement des murs avec des briques ou des parpaings : il doit aussi poser des éléments d’isolation thermique externe. C’est vrai aussi pour les professions de charpentier ou de menuisier... Nous ne parlons pas ici de centaines de milliers d’emplois mais la crise dynamise ou accélère une évolution de ces métiers. Et cette évolution est significative parce qu’elle prend en compte la démarche qualitative.

La formation est un outil, un investissement pour l’avenir. Ce qui fait la différence dans nos entreprises c’est la qualité et l’engagement des collaborateurs, leurs compétences et leurs capacités d’innovation. Il faut saluer tous les acteurs qui se sont mobilisés pendant la crise, les partenaires sociaux, l’Etat et les organisations syndicales, qui ont su ouvrir leurs horizons et trouver des dispositifs.

Il reste pourtant deux points cruciaux : le premier est celui de l’orientation. Nous manquons de fluidité et trop nombreuses sont les ruptures entre les différents systèmes éducatifs (primaire, secondaire, supérieur) et le marché du travail. Pourquoi attendre l’obtention d’un diplôme en juillet pour commencer à s’informer ou être informé ? Dans bien d’autres pays européens, c’est dès le mois de mars que la liaison entre le monde de l’éducation et celui du travail est nouée. Il ne s’agit pas d’inventer des filières mais d’offrir aux jeunes tous les éléments pour faire des choix rationnels. Le deuxième point, c’est l’insertion. Son importance a été soulignée dans le cadre des travaux du Grenelle de l’insertion, mais on ne peut se satisfaire de mesures de colmatage. Que nous soyons en temps de crise, ou pas.

Question


Pensez vous que les observations concernant l’Allemagne peuvent être transposées en France ? Pensez-vous réaliste d’élaborer un scénario d’équilibre de la réforme en se basant sur un taux de chômage de 4,5% ? Une autre question : comment gérer les seniors dans l’entreprise ?

Gilbert Cette


Le pays évoqué pour ce scénario est l’Allemagne. Les accords collectifs peuvent s’incorporer dans le contrat de travail de chaque salarié. L’évolution de la part du capital dans la valeur ajoutée augmente sur les quinnze dernières années dans ce pays, ce qui est très spécifique à l’Allemagne et semble correspondre à un pouvoir de négociation salariale qui diminue dans un contexte d’atonie salariale depuis une vingtaine d’années. La contrepartie de ces accords c’est bien sûr la garantie de maintenir les emplois, sur une base contractuelle.

Xavier Lacoste


Nous sommes encore dans une phase défensive. Il y a une problématique commune au sein de l’Europe mais aujourd’hui tout le monde fait le gros dos et a un peu de mal à intégrer les discours et les outils élaborés à Bruxelles.

Leïla de Comarmond


Sur les retraites, à présent... Jean Luc Vergne.

Jean-Luc Vergne

C’est une révolution dans la gestion des entreprises. On a connu dans les années 1980-1990 la formule des pré-retraites à 55 ou 57 ans. Maintenant il va falloir gérer cela différemment. Gérer et motiver. Offrir des perspectives de carrière. Pour les DRH, dont je suis, c’est un challenge. Le maintien de salariés plus âgés va freiner les aspirations des plus jeunes. Il faudra aussi gérer cela.

Question

La crise n’a-t-elle pas le dos un peu large ? On souhaite détricoter, on donne des coups de canifs sous couvert d’accords de branche et le risque est que le contrat de travail individuel disparaisse derrières des accords collectifs. Ne va-t-on pas trop loin au nom d’une politique de l’emploi ? Ne menace-t-on pas la démocratie sociale ?

Gilbert Cette


Il n’a jamais été question de remettre en cause le contrat de travail. Il s’agit de donner aux partenaires sociaux plus de marge d’intervention : accords de branche, accords d’entreprise le cas échéant avec majorité renforcée. Si donner plus de marge de manœuvre c’est aller à l’encontre de la démocratie sociale, j’avoue que j’ai du mal à comprendre ce qu’on entend par les mots de démocratie sociale.

Question

Ma question concerne la sortie de crise. Il me semble qu’il y a plusieurs niveaux. Le premier c’est la stratégie des entreprises qui est le plus souvent subie par les salariés. Le second c’est le parcours des salariés avec les formations. Le troisième point c’est le contenu du travail : on ferait une grave erreur si on dissociait la question du parcours du salarié et son maintien dans l’emploi, et le contenu du travail. Le quatrième point est : comment faire une place à ceux qui ne sont pas sur le marché du travail ? Cela pose la question de l’emploi des jeunes. Et puis, il reste forcément une autre question : comment faire pour que les dispositifs ne deviennent pas des usines à gaz qui, au final, nous font tous perdre en efficacité ? 

Xavier Lacoste


Je suis d’accord à 100%.

Leïla de Comarmond

Cédons la parole à Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi,

Laurent Wauquiez
Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi

Laurent Wauquiez

La vie féconde du Parlement a fait que, retenu à l’Assemblée nationale, je n’ai pu assister au début de votre colloque. Si j’évoque le Parlement c’est parce qu’il est toujours, et heureusement, source d’intérêt et de curiosité. Comme d’ailleurs les propos que j’ai pu entendre depuis mon arrivée tardive parmi vous,

Aussi je souhaite vous livrer mon sentiment plutôt que de lire un discours. Notre machine du service public de l’emploi reste une machine de traitement de masse, dans une conception héritée du choc des années 1980 c’est-à-dire pas assez individualisée. Il faut en effet que l’accompagnement des demandeurs d’emploi vers l’emploi soit davantage personnalisé. Il existe une différence entre les personnes qui ont des compétences et qui retrouveront plus facilement un emploi, et celles qui ont besoin d’être accompagnées de manière plus spécifique : je pense aux seniors qui travaillent dans des secteurs en difficulté mais aussi aux jeunes qui ont des parcours parfois compliqués à côté ou dans le monde du travail.

Au-delà de la réponse à la crise, si le service public de l’emploi ne devait se fixer qu’un seul objectif ce serait celui-là : la personnalisation. C’est un pilier majeur dans la construction d’une politique de l’emploi. Un autre de ces piliers serait la création d’un outil de connaissance et de diagnostic, en contact permanent avec le monde du travail et qui nous permette d’anticiper les évolutions probables de l’emploi. Cette idée d’un outil opérationnel suggère bien sûr une évolution d’une partie des compétences de l’Unedic dans un rôle de réflexion et de propositions.

Aujourd’hui la vision stratégique du marché de l’emploi est quasi inexistante. Certes il y a les outils de Pôle emploi mais il ne sont pas suffisamment utilisés par les acteurs qui ne les ont pas encore adoptés. Cette conception stratégique du marché de l’emploi est une idée en l’air et qui ne demande qu’à s’envoler, j’espère qu’elle ne tombera pas.

Il est de bon usage d’évoquer le changement de culture industrielle et la préservation de l’ascenseur social, mais je souhaite que l’on mise davantage sur un changement complet de culture vis-à-vis de la formation professionnelle. Longtemps, beaucoup trop longtemps, cet outil a été injuste et inéquitable, notamment envers les PME mais aussi les employés du service public, les moins qualifiés et les demandeurs d’emploi. Il nous faut changer d’approche sinon de logique : aujourd’hui, trop souvent, l’idée du financement d’une formation se limite au périmètre du métier qu’exerce le décideur qui finance la formation. Nous souhaitons que l’argent pour la formation professionnelle soit utilisé pour les métiers, tous les métiers, qui en ont besoin.

Je tiens enfin à saluer et à souligner le rôle décisif des partenaires sociaux pendant la crise. Nous nous sommes retrouvés – ou peut-être trouvés – dans le laboratoire d’une négociation sans précédent. Car, sans perdre leur âme, tous les partenaires sociaux ont accepté de participer à des dispositifs parfois inédits. L’un des enseignements de cette « séquence » est que le gouvernement aussi doit reconnaître et intégrer davantage ce rôle, ce qui signifie ne pas donner le sentiment aux partenaires sociaux de les mettre parfois au pied du mur.

 

L’enquête COE/TNS-Sofres auprès des salariés et des chômeurs sur leur vision de la crise

Présentation par Eric Chauvet, Directeur adjoint du département stratégie d’opinion de l’institut TNS/Sofres

Eric Chauvet

900 salariés d’entreprises privées et publiques de toute taille et 300 chômeurs ont été interrogés on line (par Internet) du 3 mai au 12 mai 2010. Ils ont été sollicités pour se prononcer sur trois grands thèmes : l’effet de la crise sur leur emploi en 2009, la vision de leur carrière dans les cinq prochaines années, et les politiques futures de l’emploi en France. Cette enquête peut être consultée en détails sur le site du Conseil d’orientation pour l’emploi www.coe.gouv.fr

La crise a eu un impact majeur. 80% des personnes interrogées disent être touchées soit par une dégradation des conditions de travail, soit par une perte de rémunération, et le plus souvent les deux. Mais la force de l’impact apparaît très inégale en fonction des populations concernées. Ainsi les seniors, les familles monoparentales (essentiellement des femmes) et les salariés d’entreprises de 100 à 499 salariés, déclarent être spécialement touchés par la dégradation des conditions de travail, la démotivation. En revanche les ouvriers se disent affectés par la perte de rémunération. Il est à noter que les secteurs du BTP et de l’industrie s’estiment fragilisés sur les deux tableaux. A l’inverse, les salariés des entreprises de services semblent moins touchés par la perte de rémunération. Les TPE ne constatent pas de dégradation des conditions de travail.

57% des personnes interrogées, qui ont connu une période de chômage en 2009 ou sont encore sans emploi, imputent cette situation au moins en partie à la crise. La plupart ont perdu leur dernier emploi après le non renouvellement d’un CDD ou la fin d’un intérim : c’est le cas des plus jeunes. Les plus âgés apparaissent, eux, comme les plus touchés par des licenciements plus conjoncturels que structurels.

Près de sept chômeurs sur dix sont convaincus qu’ils vont devoir changer de métier, et un tiers d’entre eux estiment qu’il sera nécessaire pour eux de déménager afin de retrouver un emploi. Dans l’ensemble de l’échantillon, les personnes salariées interrogées se disent prêtes à faire évoluer leur carrière : changer de poste au sein de leur entreprise ou changer d’employeur dans les cinq années à venir. Une majorité de salariés souhaite aussi avoir accès à une formation dans le but d’améliorer leurs compétences ou de les maintenir au niveau requis. Enfin, la mobilité géographique n’est plus un tabou. Parmi les cadres et les diplômés, près d’un sur cinq n’hésite pas à évoquer le fait de quitter la France pour un projet professionnel. Une perspective écartée dans les catégories de salariés moins diplômés ou surtout les plus âgés.

La tendance reste à un certain pessimisme sur l’avenir de l’emploi en France. Quatre sur dix estiment illusoire le retour à une situation de plein emploi. Si cet objectif ne peut être atteint, ils comptent à la fois sur l’amélioration de la conjoncture internationale et sur les politiques nationales pour s’en approcher. Il est à noter que l’Europe apparaît comme un acteur secondaire, moins efficace. Une des réponses au chômage réside pour les intéressés dans une qualification plus adaptée qui mêle orientation et formation. Dans le même temps, les mesures jugées les plus efficaces pour redynamiser l’économie et le marché du travail passent selon eux par une réduction des dépenses publiques et le renforcement des régulations et l’intervention de l’Etat.

 

Troisième table-ronde

L’économie au-delà de la crise

Table ronde animée par Jean-Jérôme Bertolus, Journaliste à I>TELE

Participants :
Jean-François Cirelli, Vice-Président, Directeur général délégué de GDF SUEZ
Christian de Boissieu
, Président délégué du Conseil d’analyse économique
Alain Quinet
, Directeur des finances, de la stratégie et du développement durable du groupe Caisse des dépôts, rapporteur du groupe de travail sur la compétitivité et l’emploi du Grenelle de l’Environnement
 

Troisième table-ronde

Jean-Jérôme Bertolus

Quels sont les sentiers plus ou moins escarpés qui permettent d’arriver à cette économie au-delà de la crise ? C’est le sujet de notre table ronde. Alors la croissance verte peut-elle être une réponse ? Alain Quinet...

Alain Quinet

Le monde tâtonne depuis quelques années à la recherche de nouveaux modèles de croissance. Ce tâtonnement trouve son origine dans le bouleversement de la hiérarchie des facteurs de croissance. Autrefois la nature était un facteur infiniment abondant, et le facteur rare était le travail. Aujourd’hui, avec la mondialisation, ce n’est plus vrai : la main d’œuvre intégrée dans l’économie mondiale est passée d’un milliard et demi avant le début des années 1990 à trois milliards aujourd’hui (avec les transformations de l’ex-Union soviétique, de la Chine et de l’Inde). Ce sont les ressources naturelles qui, elles, se font plus rares.

La croissance verte prend acte de ce bouleversement de la hiérarchie des facteurs de production. Elle repose sur deux convictions. Première conviction : il est possible grâce à l’innovation de transmettre davantage de richesse à nos descendants, sans provoquer de dommages irréversibles à l’environnement. Deuxième conviction : l’action en faveur de l’environnement peut être le moteur d’une nouvelle croissance.

Certains considèrent que l’expression « croissance verte » est un oxymore. D’autres ont une foi inébranlable dans la capacité du progrès technique à repousser les limites de la rareté. Selon moi, l’approche raisonnable est de considérer la croissance verte comme un investissement rentable. Investissement, cela veut dire qu’il y a de vraies opportunités pour la croissance et l’emploi. Investissement, cela veut dire aussi qu’il y a un effort public et privé de longue haleine à conduire, qui a été engagé par le Grenelle de l’Environnement et qui doit être poursuivi. Investir davantage, cela veut dire aussi, dans un premier temps, consommer moins !

 Les secteurs verts sont plus riches en emplois que les secteurs « polluants ». De plus ces emplois « verts » sont pour l’essentiel non délocalisables (le bâtiment, l’agriculture, la forêt, la dépollution des sols) et donc protégés de la concurrence internationale. Cela dit la croissance verte passera aussi par notre capacité à créer des emplois industriels et à prendre des positions de leadership dans les nouvelles filières.

Sous l’angle de l’emploi, les éco-activités représentent en France 400 000 emplois, dont la moitié dans le traitement de l’eau et des déchets. Des études considèrent que le gisement d’emplois peut aller de 200 000 à 600 000, pour les plus optimistes. 

Valoriser les gains et minimiser les coûts. C’est le défi de la croissance verte et des institutions publiques qui la mettent en œuvre. Il faudra en particulier gérer les transitions en matière d’emploi. J’entendais tout à l’heure qu’un salarié sur deux est prêt à changer d’emploi : c’est un élément favorable. Même si cela implique de la flexibilité, de la formation et des métiers attractifs.

Nous avons besoin de croissance. Il n‘existe pas un seul modèle de croissance verte mais il n’y aura pas de croissance durable sans investissement dans les nouvelles technologies vertes.

Jean-Jérôme Bertolus

Jean-François Cirelli, êtes-vous d’accord avec cette analyse ?

Jean-François Cirelli

Pour partie, oui. Aujourd’hui, dans la crise, GDF-Suez, c’est 200 000 salariés, dont 100 000 en France. Nous recrutons et embauchons par an 10 000 personnes. Pour la première fois, depuis 1945, la consommation d’énergie a baissé en 2009. Je parle de la consommation de l’industrie car les ménages consomment à peu près au même niveau. Donc une crise très forte mais sans problème de solvabilité majeure. Les entreprises ont tenu bon en payant leurs fournisseurs et en s’efforçant de garder leurs employés, quitte à laisser pour compte l’intérim. Je crois que c’est un fait à souligner. Les entreprises ont été très responsables pour l’emploi.

Nous avons, c’est vrai, un problème de croissance parce que nous cherchons nos relais de croissance. Les grandes entreprises européennes investissent moins aujourd’hui en Europe qu’elles n’investissent ailleurs. On ne peut le leur reprocher puisqu’elles recherchent la croissance. La bonne nouvelle c’est que le départ à la retraite de la génération du baby boom va libérer des emplois. A GDF-Suez notre effectif sur dix ans sera ainsi renouvelé de moitié ! L’autre bonne nouvelle c’est que nos salariés ont envie de bouger, ils sont ouverts aux évolutions et aux modifications de leur métier, surtout dans un métier traditionnel comme celui de l’énergie où on fait « sa carrière ».
Sur la croissance verte, je dirai que l’Europe est le continent qui est le plus engagé mais qui produit le moins. L’exemple des panneaux photovoltaïques est parlant : 80% des fabricants sont chinois. L’éolien, c’est un peu mieux pour les constructeurs européens mais il n’y a aucun industriel français de taille significative. En Europe, notre plus grand parc éolien se trouve au Portugal : il n’emploie que 50 personnes... Bref ce qu’on ne dit pas c’est que la croissance verte c’est aussi faire payer les consommateurs. Jusqu’où accepteront-ils, jusqu’où accepterez-vous de payer davantage ?

On a besoin de plus d’Europe. On a besoin de croire en nous : un peu plus d’action, un peu moins de règles. Un exemple : le secteur de l’énergie en est à sa septième loi depuis 2000. Il faut faire confiance aux entreprises.
Il faut également réfléchir au couple travail / capital. Je suis dans un secteur où je relève des compteurs. Il ne s’agit pas d’emplois très qualifiés. On m’annonce une opération d’automatisation de ces relevés qui coûterait un milliard d’euros. Mais pour quel bénéfice supplémentaire pour les consommateurs en supprimant des emplois qui ne coûtent pas ce milliard ? Voilà le type de questions que la crise doit aussi mettre dans la réflexion des employeurs.

Jean-Jérôme Bertolus

Merci pour ce franc-parler. Nous continuons avec Christian de Boissieu.

Christian de Boissieu

Au fond la crise est une fusée à deux étages. La crise dans la zone Euro est apparue en novembre dernier alors que la crise au niveau mondial n’était pas finie. Dans nos économies de pays développés, l’ennemi c’est le chômage, ce n’est pas l’inflation. Je préfère une inflation à 1,5% par an à une déflation à -1% par an.

Cette crise va accélérer la mise en place d’indicateurs au-delà du PIB. Pas question de s’y substituer, il s’agit de le compléter. Le développement durable, ce n’est pas que la croissance verte ; il englobe aussi la question des normes sociales et sociétales, celle également de la bonne gouvernance des entreprises. Il faut travailler sur les différents bouts de la ficelle.

Si l’on fait des projections au fil de l’eau, autrement dit si l’on ne fait rien de plus, l’Europe va dans le mur du point de vue de la croissance et donc du point de vue de l’emploi. Pour éviter cela, il faut marcher sur les deux jambes. La première jambe est la réduction du déficit et de la dette publique. La deuxième jambe est la mise en place dans les pays européens d’une stratégie active pour relever la croissance potentielle et la croissance effective. On ne peut pas en Europe rester abonné à une croissance de 1,3%, 1,5%. Sauf à tomber en deuxième division.

Le vrai défi politique et social réside dans la question des redéploiements à l’intérieur de l’enveloppe globale des dépenses publiques. C’est le fameux débat des dépenses courantes contre les dépenses dites d’avenir. C’est le débat qui s’est installé dans le cadre de la discussion autour du grand emprunt. C’est le débat autour du financement de notre économie. Il y a de l’épargne : la question est de savoir à quoi elle peut servir. A financer des investissements productifs, des infrastructures, de la croissance verte, du développement durable… Avec la crise, la question du financement des PME (qui créent de l’activité et des emplois) va devenir encore plus structurelle qu’auparavant. Car les banques auront des difficultés à financer le long terme en fonction des nouvelles règles de liquidité et de solvabilité bancaires.

Toutes les études, notamment aux Etats-Unis, montrent que la reprise ne crée pas d’emplois pour l’instant. Quand je ne sais pas, je pose la question : s’agit-il d’un problème de délai ou bien d’un changement structurel qui relève d’une évolution de nos économies ? Ce point est essentiel.

Je ne suis pas pessimiste dans la vie. Mais aujourd’hui je suis préoccupé face au risque que l’Europe tombe en deuxième division du point de vue de la croissance et donc aussi du point de vue de l’emploi. 

Jean-Jérôme Bertolus

Nous concluons là. Je retiens aussi de vos trois interventions que l’Europe doit jouer son rôle. Pas seulement comme un père fouettard en matière de déficit, mais aussi en étant attentive à l’investissement.
 

 

Raymond Soubie, Conseiller du Président de la République, ancien Président du COE, nous a fait l’honneur de venir clôre ce colloque.

 

Raymond Soubie