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Communiqué de Marie-Claire Carrère-Gée : adoption du rapport "Illettrisme et emploi" le 30 novembre 2010.

 

Communiqué de presse

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 Adoption du rapport « Illettrisme et emploi »

Le COE demande que la lutte contre l’illettrisme soit reconnue comme grande cause nationale et souhaite que l’acquisition et l’entretien des savoirs fondamentaux- savoir lire, écrire, compter- tout au long de la vie, soient proclamés comme un droit de chaque citoyen

 

« La question demeure largement taboue : sur 3,1 millions de personnes illettrées en France, 57% sont en emploi. Et leur nombre s’accroît. Ces salariés sont particulièrement vulnérables dans le monde du travail d’aujourd’hui. Vaincre l’illettrisme, c’est la condition sine qua non de la sécurisation des parcours professionnels. C’est aussi une nécessité absolue pour que notre économie fasse la course en tête dans la compétition mondiale, avec une main-d’œuvre qualifiée et une spécialisation qui tienne la route face à la concurrence. ». Or, « malgré beaucoup de bonne volonté, les efforts accomplis jusqu’ici s’apparentent à écoper une voie d’eau avec une petite cuiller : le nombre de salariés et de demandeurs d’emploi illettrés formés chaque année est inférieur à celui des jeunes en situation d’illettrisme qui se présentent sur le marché du travail ».

C’est pourquoi le Conseil d’Orientation pour l’Emploi, «  a voulu tirer la sonnette d’alarme et donner le top départ d’une mobilisation de grande ampleur de tous les acteurs du marché du travail, en faisant des propositions aussi ambitieuses que concrètes  », souligne Marie-Claire Carrère-Gée, Présidente du COE, qui a adopté ce jour un rapport intitulé « Illettrisme et emploi », au terme de travaux qui ont débuté en septembre.

Par ailleurs, le Conseil a décidé de saisir le Premier ministre de sa demande que la lutte contre l’illettrisme soit retenue comme « Grande cause nationale ».

 

Diagnostic : une situation inquiétante sur le marché du travail

L’illettrisme touche 3 100 000 personnes en France, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans. Rappelons que ce terme qualifie la situation de personnes qui ne maîtrisent pas les compétences de base (lecture, écriture, calcul) alors même qu’elles ont été scolarisées en France.*

Deux tiers des personnes touchées par l’illettrisme sont en emploi ou demandeurs d’emploi, mais le marché du travail devient de plus en plus sélectif. La coordination du travail, la robotisation croissante, la dématérialisation des échanges font de plus en plus appel à l’écrit.. Les activités de contrôle et de surveillance se développent en lieu et place des activités physiques sur les machines. Un nombre croissant de personnes ne maîtrisant pas les compétences fondamentales n’ont même plus accès à des emplois dits non qualifiés. Les situations d’illettrisme constituent également un obstacle au maintien dans l’emploi. Quand l’entreprise rénove ses technologies, certains salariés qui connaissaient par cœur leur travail sans plus avoir à lire les consignes voient leur savoir-faire brutalement remis en cause, et sont démunis pour s’adapter aux nouvelles exigences.

Plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme est âgée de plus de 45 ans. Cet accroissement de la proportion d’illettrés lié à l’âge peut résulter d’une moins bonne formation initiale mais aussi d’un effritement des compétences de base, notamment pour des personnes qui ont peu à les solliciter au quotidien. Les hommes sont plus touchés que les femmes. En dépit des efforts engagés, la lutte contre l’illettrisme n’est pas à la hauteur du problème. Malgré des progrès récents et une implication plus forte des acteurs du marché du travail, le nombre de personnes en situation d’illettrisme s’accroît.

 

Des propositions ambitieuses et concrètes

 Le COE considère que c’est bien à l’école que doivent naturellement être acquises les compétences fondamentales. Compte tenu de l’importance et des enjeux de l’illettrisme sur le marché du travail, il formule dans le champ qui est le sien -l’emploi- un ensemble de propositions qui concerne les adultes en emploi et les demandeurs d’emploi, ainsi que les jeunes en insertion professionnelle.

Appelant de ses vœux une véritable politique nationale de lutte contre l’illettrisme qui mobilise tous les acteurs susceptibles d’intervenir et qui dispose de moyens en conséquence, le Conseil formule un ensemble de propositions pour construire et mettre en œuvre cette politique nationale.

Ces mesures s’articulent autour de cinq grands axes :

-Faire de la lutte contre l’illettrisme une grande cause nationale et organiser la mobilisation

-Mieux lutter contre les situations d’illettrisme dans la phase qui précède l’insertion professionnelle

-Se donner les moyens d’une détection systématique des situations d’illettrisme dès l’inscription des demandeurs d’emploi à Pôle emploi et faire en sorte que cette détection débouche systématiquement sur une formation aux compétences fondamentales.

-Améliorer la lutte contre l’illettrisme dans l’entreprise, dans des conditions non stigmatisantes.

-S’assurer de la qualité des formations.

 

 

*L’illettrisme est un problème distinct de l’analphabétisme, qui désigne la situation de personnes n’ayant jamais été scolarisées. De même, les migrants qui arrivent en France sans connaître notre langue ne sont pas dans une situation d’illettrisme : s’ils sont parfois analphabètes, ils peuvent aussi simplement avoir besoin d’un apprentissage du français qui constitue pour eux une langue étrangère. Chacune de ces trois problématiques appelle des prises en charge différentes.

 

Consulter le rapport