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Communiqué de Marie-Claire Carrère-Gée : adoption du diagnostic Emploi des jeunes

 

Adoption du diagnostic Emploi des jeunes

  

En choisissant de consacrer ses travaux de début d’année à l’emploi des jeunes, le Conseil d’Orientation pour l’Emploi a souhaité apporter une contribution au débat public, ainsi qu’aux organisations syndicales et au patronat qui engagent actuellement des négociations, et à l’Etat qui a annoncé son intention d’agir dans de brefs délais pour renforcer l’alternance.

« Beaucoup de jeunes, piégés dans la nasse du chômage de longue durée, n’en ont pas fini avec les conséquences de la crise. Le chômage de longue durée est particulièrement dangereux pour l’insertion et la vie professionnelle ultérieures de ces jeunes, qui n’ont souvent jamais mis un pied dans l’entreprise ou qui n’ont connu que quelques emplois précaires » explique Marie-Claire Carrère-Gée, Présidente du Conseil d’Orientation pour l’Emploi, à l’occasion de l’adoption du « Diagnostic Emploi des jeunes ». « Des mesures anti-crise demeurent indispensables (soutien à l’alternance, contrats aidés, accompagnement des chômeurs de longue durée…), à un niveau suffisant, et cela jusqu’à ce que le chômage baisse de façon importante et durable, notamment le chômage de longue durée ».

 

Les principaux enseignements de ce rapport :

Sur les indicateurs statistiques, le Conseil rappelle que, depuis trente ans, le taux de chômage des jeunes est toujours au moins le double du taux de chômage moyen, parfois plus en période de crise. Mais il ne faut pas se concentrer sur le seul taux de chômage, qui constitue un indicateur imparfait. Au sein d’une même génération, la part des jeunes actifs a baissé jusqu’au milieu des années 1990, en raison de l’allongement des études, puis se stabilise. La part des jeunes au chômage a, elle, peu varié, autour de 10 % (hors effets conjoncturels) : depuis trente ans, c’est donc environ 1 jeune sur 10 qui est au chômage, les autres étant majoritairement soit en études, soit en emploi, avec pour certains des passages très fréquents entre des situations de chômage, d’emploi et de formation. La crise actuelle a renforcé l’impact de difficultés structurelles beaucoup plus anciennes.

Le chômage se concentre sur deux catégories de jeunes. Une première grande catégorie a un problème lié à la formation initiale et à l’orientation. Il s’agit des jeunes qui ont soit quitté les études trop tôt, sans diplôme ni qualification, parfois en situation d’illettrisme[1] ; soit échoué dans leurs études supérieures et n’ont d’autre diplôme qu’un bac général ; soit enfin de jeunes « mal-diplômés », dont le diplôme ne correspond pas aux besoins du marché du travail.

La seconde grande catégorie rassemble des jeunes victimes de discriminations à l’embauche en raison de l’origine ethnique, sociale ou géographique ou encore d’un handicap physique. Les difficultés d’insertion de certains jeunes sont aussi renforcées par des facteurs d’ordre cultuel, qu’il s’agisse de codes sociaux peu adaptés au travail en entreprise ou d’a priori émanant des employeurs.

Le chômage des jeunes n’est pas sans lien avec l’état général du marché de l’emploi. Mais il y a bien une spécificité des jeunes dans l’accès à l’emploi : en cas de crise, les jeunes sont plus rapidement et plus fortement touchés ; l’accès à l’emploi, s’il se stabilise souvent après trois années d’expérience professionnelle, est souvent marqué par la précarité (chômage récurrent, contrat temporaire, temps partiel subi, etc.).

Cet accès dégradé au marché du travail pour beaucoup de jeunes entraîne des situations ou un sentiment de déclassement, notamment chez ceux qui sont diplômés du supérieur mais ne trouvent pas d’emploi en phase avec leur formation.

De telles difficultés d’insertion pour les jeunes ne sont pas spécifiques à la France et se rencontrent dans beaucoup de pays. Il existe toutefois des pays où soit le marché du travail est beaucoup moins segmenté selon l’âge (pays anglo-saxons et pays nordiques) ; soit la transition entre formation initiale et travail se fait de manière plus fluide : c’est le cas de l’Allemagne notamment, avec une pratique très répandue de l’apprentissage (11 % des 15-29 ans sont apprentis en Allemagne, contre 5 % en France).

Sur les dispositifs de la politique de l’emploi destinés aux jeunes, le Conseil a examiné plus particulièrement l’alternance (apprentissage et professionnalisation) et les contrats aidés. L’alternance, qui s’est beaucoup développée au cours des vingt dernières années, présente de bons résultats en termes d’insertion professionnelle et semble en conséquence une voie à étendre. Le Conseil s’est d’ailleurs déjà prononcé pour que les dernières années de cursus comprennent une part d’alternance. Quant aux contrats aidés, ils constituent la voie d’entrée dans la vie professionnelle de nombreux jeunes, d’autant plus en cas de conjoncture dégradée.

Des dispositifs d’accompagnement importants existent à destination des jeunes : le CIVIS, le contrat d’autonomie, le contrat d’accompagnement formation, les formations de la « deuxième chance » et, récemment, le Revenu contractualisé d’autonomie. Tous combinent une aide à la recherche d’emploi, éventuellement précédée d’une formation, avec des aides matérielles. Les questions matérielles, telles que le logement ou les transports, peuvent en effet constituer de réels obstacles à l’emploi pour certains jeunes. Si le CIVIS tend à constituer le cadre général pour l’accompagnement des jeunes éloignés de l’emploi, la diversité des dispositifs existants, au-delà du manque de visibilité qu’elle peut entraîner, appelle des travaux d’évaluation de leur efficacité.

Enfin, notre système de décision en matière de formation et d’emploi obéit à une gouvernance partagée entre de nombreux acteurs. Le domaine de l’insertion professionnelle des jeunes est probablement le plus complexe, puisqu’il fait intervenir à la fois l’Etat, les partenaires sociaux, les régions, les départements et les communes. Une simplification de cette gouvernance et une clarification de la répartition des compétences sont  souhaitables.


[1] Voir à ce sujet les rapports du COE sur l’orientation professionnelle d’une part et sur l’illettrisme d’autre part.