search.jpg

Adoption du rapport Automatisation, numérisation et emploi – Tome 3
Travaux du Conseil d’orientation pour l’emploi sur les conséquences de la révolution technologique :
 
Adoption du Tome 3 consacré à l’impact sur l’organisation du travail et les situations de travail
 

 

La vague actuelle d’automatisation et de numérisation de l’économie transforme de façon puissante et rapide l’emploi et le travail.

L’ampleur des enjeux justifie un diagnostic documenté et partagé. C’est pourquoi le Conseil d’orientation pour l’emploi, qui réunit notamment les représentants des employeurs et des syndicats, l’Etat, le service public de l’emploi, des économistes et experts du marché du travail a voulu s’en saisir.

Il a privilégié une approche globale de l’impact de la révolution technologique en cours en analysant ses conséquences à la fois sur l’emploi – son volume, sa structure, sa localisation – sur les compétences, ainsi que sur le travail au travers de trois rapports successifs dont le troisième est publié aujourd’hui.

Dans un premier rapport adopté en début d’année, le Conseil a examiné l’impact de la révolution technologique sur l’emploi, en termes de destructions et de créations d’emplois, mais aussi de transformation à l’horizon de la décision publique, soit une quinzaine d’années. Il a montré que l’enjeu est moins la « fin du travail » que la transformation des emplois : si moins de 10 % des emplois actuels présentent un cumul de vulnérabilités qui en menace la pérennité, environ 50% des emplois actuels verront leur contenu se transformer notablement ou profondément. La vague technologique actuelle continue en outre de favoriser l’emploi qualifié voire très qualifié. Elle pourrait par ailleurs contribuer à localiser de nouveaux emplois en France.

Dans un deuxième rapport adopté en septembre, le Conseil a voulu identifier les moyens d’assurer l’ajustement entre les compétences des actifs et les besoins d’une économie en mutation. Il a montré que trois groupes de compétences seront bien plus mobilisés dans une économie numérisée : des compétences « tech » expertes, des nouvelles compétences techniques en lien avec l’hybridation des métiers, ainsi que des compétences transversales. Il a mis l’accent sur le fait qu’il existe un écart important entre ces besoins en compétences et celles dont disposent actuellement les actifs. L’effort à accomplir est massif est urgent. C’est notamment le cas pour les compétences dites « transversales » (compétences numériques générales, cognitives, sociales et situationnelles). Il apparaît ainsi que, s’agissant des compétences cognitives, 13 % des actifs en emploi sont en difficulté et 30 % pourraient progresser pour disposer de meilleurs atouts. Sur la base de ce diagnostic, le Conseil a proposé les grands axes d’une stratégie globale d’évolution des compétences dans le cadre de la révolution numérique.

Avec ce troisième rapport consacré à l’impact de la révolution technologique sur le travail, le Conseil établit un diagnostic sur les tendances actuelles d’évolutions des modes d’organisation du travail et leur lien avec les avancées technologiques ainsi que leurs implications sur les situations des personnes au travail avec le progrès technologique, le travail sera-t-il plus ou moins pénible, physiquement, psychiquement ? Sera-t-il plus ou moins intéressant, plus ou moins complexe, plus ou moins intense ? Travaillerons-nous tous en mode start-up, de chez nous la plupart du temps, sans hiérarchie pesante, avec pour principale consigne d’innover, de créer, avec un droit à l’erreur permanent ? Ou serons-nous, au contraire, les assistants ou les collègues de robots de plus en plus perfectionnés, surveillés à temps plein pour chacun de nos gestes, de nos paroles, de nos actions ?

Ce rapport démontre que la révolution technologique actuelle permet et induit des évolutions très contrastées des formes d’organisation du travail.

Dans la nouvelle étude quantitative qu’il a réalisée, le Conseil met ainsi en évidence un lien positif entre le degré de numérisation de l’entreprise et l’adoption de modes d’organisation du travail dits « flexibles » (travail en équipes autonomes, polyvalence, décentralisation des décisions, etc.). Des analyses complémentaires permettent d’identifier d’autres formes, proches, dites « post-tayloriennes » comme l’intrapreneuriat, l’entreprise étendue ou encore l’entreprise libérée, qui se développent aussi actuellement. Pour autant, il n’y a pas de déterminisme technologique. En effet, les technologies sont aussi complémentaires de pratiques qui poussent plus loin encore les principes tayloriens de l’organisation scientifique du travail (comme celles fondées sur une utilisation intensive du voice picking sur les plateformes logistiques).

C’est donc plutôt à une hybridation de différents modes d’organisation du travail à laquelle nous assistons aujourd’hui, parfois au sein de la même entreprise. S’il n’y a pas de modèle unique d’organisation en lien avec les progrès en cours, il y a pourtant, au-delà de cette diversité, une tendance centrale marquante : le brouillage progressif des frontières des entreprises et leur ouverture progressive sur un écosystème local ou international toujours plus large et plus diversifié.

Le Conseil montre également que les nouvelles technologies contribuent à modifier les situations de travail des personnes. De fait, elles sont porteuses d’opportunités pour rendre le travail moins pénible physiquement ou psychiquement, moins intense et plus intéressant, mais comportent aussi des risques réels. Dans une nouvelle étude quantitative, le Conseil a souhaité dépasser l’approche très diverse et fragmentée des situations de travail pour apprécier l’effet des technologies sur trois dimensions du travail : son intérêt, sa complexité et son intensité. Elle met en évidence que la probabilité de juger son travail intéressant, complexe et intensif augmente avec un usage plus fréquent du numérique. Cela se vérifie jusqu’à une certaine part du temps de travail (autour de 60 à 80 % du temps selon le cas en moyenne). Au-delà, la contribution du numérique devient négative pour l’intérêt et l’intensité du travail, et stable pour sa complexité.

Au total, les avancées technologiques changent la donne dans les entreprises mais ne sont pas plus associées à un modèle type d’organisation qu’a une évolution type des situations de travail. Les technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi et il n’y a, de fait, ni déterminisme technologique ni organisationnel.

Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil, souligne ainsi : « Les périodes de grandes transformations donnent lieu à bien des fantasmes et bien des frayeurs aussi. Mais les technologies ne sont qu’un potentiel : c’est à nous de décider de ce que nous en ferons. Que ce soit l’organisation du travail ou les situations de travail, la question est comment on introduit les technologies dans l’entreprise, pour quoi faire, comment et avec qui. Ce qui compte, ce sont les hommes, pas les technologies ! »

Le Conseil estime que le dialogue social constitue le levier essentiel pour accompagner la définition de la stratégie des entreprises et permettre l’indispensable appropriation collective des enjeux de la mutation numérique avec toutes ses conséquences en termes d’évolution des métiers, d’organisation du travail, de contenu du travail et des situations de travail.

Il considère notamment que la négociation sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, qui se révèle particulièrement adaptée aux enjeux, doit évoluer dans ses ambitions, son contenu et ses outils pour trouver enfin toute sa place. Trop souvent cantonnée à une logique de gestion à court terme de l’emploi, elle doit trouver sa vocation prévisionnelle pour traiter toutes les implications de la transformation numérique sur l’évolution des emplois et des métiers et sur celle des compétences, et cela en lien avec l’évolution des modes de management.

Pour Marie-Claire Carrère-Gée, « C’est aussi un nouveau dialogue sur le travail, son organisation, et son contenu qui apparait désormais nécessaire dans l’entreprise, y compris dans des domaines déontologiques, voire éthiques, notamment pour que l’automatisation et la numérisation soient au service des hommes et des femmes qui travaillent, non l’inverse. »

 

documents